jeudi 21 juin 2018

"Brooklyn follies" de Paul Auster.


Un hymne aux gens ordinaires …
2005 - Actes Sud -
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Le Bœuf.
364 pages.

"Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres." (p 362)

Le narrateur Nathan Glass, retraité, cancéreux en rémission cherche « un endroit où mourir ». Il s’installe dans le quartier de son enfance, Brooklyn. Son installation donne lieu à tout un tas de souvenirs. Sa famille brisée, décès tragique d’une sœur, divorcé et fâché avec sa fille unique, Rachel ; il se sent seul et monte un projet d’écriture un peu fou sur "toutes les gaffes, tous les lapsus, tous les embarras, toutes les stupidités, toutes les actions ineptes." (p 14) Ce récit, il l’appelle pompeusement le livre de la folie humaine ! Il y consigne ses déboires et aussi les mésaventures de son entourage proche ou lointain entourage. Un vaste programme … Petit à petit, il prend ses marques dans le quartier. Un jour, par hasard, dans une librairie d’occasion et de livres rares, il rencontre son neveu, Tom Wood, employé dans l’établissement. Naturellement, ils se retrouvent autour d’une table du Diner Cosmic, servis par la charmante Marina. Gentiment, ils y discutent de littérature, de leurs vies et famille, de la société américaine et de politique. Le futur pointe son nez et leur réserve bien des surprises et des rencontres hautes en couleur qui modifieront le cours de  leurs existences.
Paul Auster, pour notre plus grand plaisir, nous offre une profusion de personnages : Nathan Glass, à la vie tranquille ; Tom Wood, sympathique et timide jeune homme qui cherche sa voie ; mais aussi Harry Brightman, libraire excentrique, au passé d’escroc, toujours prêt à se jeter dans des combines douteuses, malgré tout charmant et accueillant. Aurora, sœur de Tom et nièce de Nathan, adolescente rebelle et jeune femme sulfureuse dans ses choix de vie. Et sa petite fille, Lucy, gracile et débrouillarde qui s’impose sans un mot et surtout sans prévenir ! Et tant d’autres encore apparaissent dans des épisodes de tranches de vie où rencontres inattendues côtoient révélations troublantes à l’ombre de petits voyous, et d’actes stupides des hommes face à un joli sourire pour finir avec des rebondissements cocasses à l’aube d’une vie nouvelle.
Le romancier nous fait l’éloge d’un quartier où le bonheur est fait de petits riens, de moments entre amis, en famille ; de flâner et d’apprécier tout doucement le temps qui passe. Le paradis, c’est Brooklyn !!! – Le rêve d’une vie meilleure à l’hôtel existence, le refuge intérieur qui permet de se sentir à l’abri des coups, dans une bulle toute cotonneuse ; et si nous pouvions lui donner vie, la rendre réelle et palpable !
"Je veux parler de bonheur et de bien-être, de ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l’on se sent à l’unisson avec le monde." (p 202)
Petite critique, on regrette le côté un peu trop caricatural du personnage d’Aurora, trop de clichés sur une même tête !
J’ai aimé sans conditions les évocations littéraires, les belles anecdotes sur certains auteurs, je pense à l’émouvante histoire de Kafka et la poupée !!! Ce roman reste une belle histoire familiale, intimiste, avec des protagonistes proches de nous avec leurs  faiblesses, d’une existence pas toujours maîtrisée où le hasard joue un rôle que nous ne reconnaissons pas toujours.
La force de ces chapitres de vies prend toute sa force et son importance le matin d’un apocalyptique jour de septembre 2001 qui ferme le roman …
" Mais pour l’instant, il était encore huit heures et je marchais dans l’avenue sous ce ciel d’un bleu éclatant, heureux, mes amis, aussi heureux qu’homme le fut jamais en ce monde." (p 364)

Aparté - Sous le charme de la plume du romancier, j'ai acquis deux autres de ses romans : "L'invention de la solitude" et "La musique du hasard". Des œuvres à dévorer cet été !!!


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Paul Auster, est né le 3 février 1947 dans le New Jersey, aux Etats-Unis. Une partie de son œuvre évoque la ville de New-York, notamment le quartier de Brooklyn où il vit. Il démarre sa carrière en traduisant des auteurs français tels que Stéphane Mallarmé, Jean-Paul Sartre. Écrivain très prolixe et mondialement connu, voici une petite énumération de quelques-unes de ses œuvres : L’invention de la solitude (1982) – Trilogie New Yorkaise (1987) -La musique du hasard  (1990) – le voyage d’Anna Blume (1993 ) – Brooklyn Follies (2008) – Sunset Park (2010) et son petit dernier qui rencontre un franc succès 4321 (2018).
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lundi 28 mai 2018

"The révolution of Ivy" T 2 d'Amy Engel.

2015 - Lumen -
Traduit de l'anglais (Etats-unis par Anais Goacolou).
322 pages.

Toujours sous le charme …

"The book of Ivy" a été une belle découverte ;  lu d’une seule traite, c’est enthousiaste que j’ai abordé la suite.

D’emblée, nous retrouvons la jeune femme, seule et jetée de l’autre côté de la barrière dans un milieu hostile. Dans les premières pages, nous ressentons vraiment son désarroi face à l’abandon des siens. Ce monde après-guerre, tant décrit, tant redouté où après un ultime conflit mondial toute civilisation a été éradiquée. Face à sa nouvelle destinée, pleine de rebondissements, une nouvelle Ivy s’affirme ! Elle tente de survivre et affronte courageusement les dangers. 

Ce second tome est très sombre, plus fort en émotions. Un récit riche en rebondissements avec de nouveaux personnages, nomades qui survivent en terre hostile, s’adaptant comme les anciens à la nature, formant de petits clans qui luttent âprement jusqu’à tuer pour survivre difficilement. Ce n’est pas sans rappeler des temps obscurs moyenâgeux. Le confort, les nouvelles technologies n’existent plus ; Finit le superficiel, les beaux jours à flâner le nez au vent. L’humanité a vraiment fait un bond en arrière dans le temps ! Inutile de perdre son temps à s’apitoyer sur soi-même …  Ivy s’adapte tant bien que mal ; la grande révolution s’opère. Elle devient une personne indépendante et libre d’agir et de penser par elle-même ; elle se détache de sa famille et trouve des amis sincères. La très attachante jeune femme se reconstruit dans la douleur et les nombreuses épreuves tout en restant malgré tout fragile.

"Le bonheur ne m'inspire pas encore entièrement confiance. Comme l'amour, c'est un état d'esprit que je dois apprendre." (p 205)

Fragile et toujours perdue face à ses sentiments amoureux pour Bishop. Une bien belle romance, toujours d’actualité se confirme et j’adore !!! Bishop n’a pas changé, posé, réfléchi, fort, intelligent, charismatique à souhait, une allure authentique de prince charmant et toujours amoureux. Le rêve, quoi !!!

Dans cette dystopie, la romancière aborde bien l’idée de survie au détriment de l’individu ; l’intrigue reste excellente, au suspense insoutenable quant à la fin de cet amour torturé entre Ivy et Bishop.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette série dans sa globalité ; une lecture qui m’a pris au dépourvu, toute en émotion ! Je vous recommande vivement cette duologie pour son univers si particulier et sa belle histoire d’amour … 

A vous de lire …


Un petit billet court, normal pour une suite, il est primordial de ne pas en dévoiler trop pour ne pas gâcher le plaisir de lire !!!



Lien vers le tome 1 "The book of Ivy" 



samedi 26 mai 2018

"Miroir" T2 ("Paranoïa") de Melissa Bellevigne.


Vraiment déçue, suite et fin trop facile …

2017 - Hachette (Black Moon) -
389 pages.
"Miroir" termine la première fiction de Melissa Bellevigne, plus appréciée sur la toile grâce à ses vidéos et son blog – Golden Wendy -où elle papote sur un peu tout : vie quotidienne, enfants et beauté etc.
J’avais apprécié le premier tome et par curiosité j’ai eu envie de découvrir ce que se passerait de l’autre côté du miroir !

Situons l’histoire : "Paranoïa" s’achevait sur la naissance du bébé de Judy ; un charmant bébé aux yeux verts émeraude. La psychiatre Lisa le tenait dans ses bras.

Qui est vraiment Judy Desforêt ? Une jeune femme perturbée par des hallucinations et des cauchemars jusqu’à en perdre la raison. La première partie du roman atteste cette version. Elle rejette totalement son enfant ; désire- t -elle une  nouvelle existence ? Manipule- t- elle son entourage et l’équipe médicale ? Ou bien est elle une victime, manœuvrée et brisée pour cacher une vérité sordide ? La psychiatre, pas vraiment objective se laisse complètement submerger par la souffrance de sa patiente et ses problèmes affectifs personnels. Elle devient la tutrice légale du bambin ; une attitude qui prête à controverse, pas vraiment digne de sa grande renommée !!!

L’enquête sur l’agression de Judy ne progresse pas et subitement apparaît un gentleman anglais prénommé Alwin qui s’inquiète du sort de la jeune femme. Et là volte- face totale, une nouvelle version s’esquisse … Et là le récit se déroule de lui-même sans grande surprise !!!

Tant pis, mes attentes d’une fiction fantastique flirtant avec l’espace temps, le paranormal, s’écroulent. Aucun doute ne persiste, plus de questionnements. Qui faut-il croire ? Hallucinations ou réalité déformée ? Tout s’envole … Un thème vu et relu sur le refoulement d’une enfant maltraitée qui balaye ses peurs et ses souffrances par des délires psychotiques. Rien de paranoïaque, non ?  Rien qui ne ressemble à un délire chronique, logique dans son développement avec un sentiment de persécution si caractéristique. Judy délire et affirme être suivie par un homme qu’elle seule peut voir depuis son enfance ; légèrement différent ! L’ami imaginaire qui perdure à l’âge adulte résulte plus d’un besoin de protection suite à un traumatisme.

Sinon la romance est mignonne et Alwyn charmant à souhait,  protecteur, amoureux avec un côté artiste bohème chic et aristocratique ; passionné par William Turner, peintre anglais du XVIIIème siècle. Un choix romantique qui cadre assez bien avec le personnage !!!

Autre bémol, l’agression à Londres, aucun médecin n’a consulté le rapport de police ; pas vraiment professionnel pour des psychiatres ou alors là je n’y connais rien, rien de rien …
Et puis, simple analogie avec le premier tome : tous les points fantastiques ou étranges n’ont pas trouvé une résonance explicative dans ce tome, simplement écartés ! Un aperçu, Judy voit et s’adresse depuis sa jeunesse à un ami invisible. Elle parle seule, s’énerve devant des proches, des témoins (camarades de classe, propriétaire de son logement)! En conséquence, si ce n’est pas Alwyn, qui était-ce ?

Bon, Il est vrai, je m’attache aux détails et je me pose toujours des questions quant au déroulement des intrigues. J’approuve les explications en général et les belles descriptions qui me jettent dans l’histoire. Décidément, cette fin m’a déçue et encore plus avec le dernier chapitre. Je ne dévoilerai rien pour celles et ceux qui liront cette suite. Pourtant, subjectivement, un retournement de dernière minute, inutile qui casse toute l’histoire ! Suppositions ou attentes formulées pour égarer le lecteur ; procédé maladroit qui ne diminue en rien ma déception de ce deuxième tome.

Peut-être rédigé en un seul volume, il n’aurait pas détruit mes attentes.

Lien vers "Paranoïa" T 1 de Mélissa Bellevigne.

lundi 30 avril 2018

"The book of Ivy" T1 d'Amy Engel.


Roméo et Juliette saupoudrés de dystopie, un régal !!!

2015 - Lumen -
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anais Goacolou
342 pages.


Sans préambule, nous sommes projetés, dans un univers post-apocalyptique aux Etats-Unis dans une petite ville fortifiée, Westfall. Ivy, 16 ans,  notre héroïne s’apprête à épouser le fils du président, Bishop,  lors d’un mariage arrangé. Un retour à des temps très anciens où les unions étaient décidées par les parents, dans le but de préserver une paix retrouvée. Donc, chaque second samedi du mois de mai, des jeunes gens des deux clans de la ville s’unissent.Deux générations, auparavant une guerre nucléaire a éclaté et décimé une grande partie de la population. Quelques survivants se sont rassemblés et ont fondé une nouvelle cité. Et comme l’humanité ne tire jamais les leçons de son passé, si violent soit-il ;  deux partis se sont affrontés pour le pourvoir : les Westfall (le grand-père d’Ivy) et les Lattimer (l’aïeul de Bishop). Les Lattimer ont gagné et depuis ils imposent leurs lois et directives en totale autarcie. La cité s’est coupé entièrement du monde extérieur, jugé trop dangereux. Personne n’entre ni ne sort. Seuls des criminels ou des opposants sont expulsés, condamnés à une mort lente ou violente !  L’humanité a fait un phénoménal bond en arrière.

De façon abrupte et naturelle, Ivy révèle sa mission : tuer son époux, Bishop Lattimer. Un crime qui déclenchera le coup d’Etat que prépare son père. Il désire renverser le pouvoir actuel et son système policé pour établir une démocratie et une société libertaire, du moins en apparence.
Ivy n’est jamais sortie de son quartier, elle a été élevée en vase clos par son père et sa sœur Callie. Une innocente et fragile jeune fille est jetée sur le devant de la scène ; Elle aborde avec angoisse sa nouvelle vie et est oppressée par le rôle sanglant qu’elle doit jouer. Si déterminant et si violent, sans choix possible, elle se doit d’obéir à sa famille. Ses atermoiements, sa prise de conscience, ses réflexions et ses sentiments naissants ne sont pas sans rappeler les héroïnes des tragédies grecques.

Bishop, bien malgré lui se retrouve avec l’étiquette du prince charmant. Il n’est pas cruel, violent et imbu de son rang et de sa personne. Avec ses beaux yeux vert émeraudes, son sourire ravageur et ses attitudes prévenantes, il déstabilise Ivy et la pousse à se poser les bonnes questions et aborder le monde dans lequel elle vit avec un regard neuf.  La jeune femme s’affirme , elle se détermine librement ; petit à petit elle agit, pense par elle-même. Ivy s’affranchit d’une tutelle paternelle, elle choisit et agit en fonction de sa propre volonté !!!

Ivy reste un personnage passionné et déterminé ; Bishop se définit plus comme un jeune idéaliste et juste dans ses raisonnements. Bien entendu, la romance se situe en première place, touchante et simple que nos deux héros effleurent à demi-mots … De beaux moments de tendresse …

Quant aux personnages secondaires, ils ne sont ni trop noirs, ni trop blancs ; ils se dévoilent tout au long de l’histoire expliquant les mensonges, la manipulation et  la situation difficile de la survie dans un monde hostile, plus du tout maîtrisé.

Tout de suite, j’ai accroché ! La romancière, Amy Engel a su me séduire par la plongée subite dans son univers fictionnel, une mise en place très habile et une découverte  progressive et linéaire  d’une intrigue dramatique et passionnante. Nous restons vraiment dans l’attente perpétuelle. Son écriture reste fluide sans être plate, son récit est riche en descriptions soignées, cette nouvelle humanité prend vie dans notre esprit. Chaque détail est voulu et bien pensé. 
N’ayons pas peur des mots, l’auteur a du talent, elle a su nous faire passer par une multitude d’émotions : l’attente, la peur, la colère, la joie. Plus personnel, j’ai ressenti ce qu’éprouvait le personnage d’Ivy.
J’ai adoré ce premier tome et une fois fini, une seule envie : connaître la suite et se replonger dans l’univers d’Ivy. Et …

Je l’ai dans ma bibliothèque …

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Née au Kansas, Amy Engel a passé son enfance dans divers pays du monde (Iran, Taïwan) et  elle a vécu un peu partout aux États-Unis, de la Californie à Washington D.C.  Actuellement, elle vit dans le Missouri. Avant de se consacrer à plein temps à l'écriture, elle a exercé le métier d'avocate.

"The Book of Ivy" (2014) est son premier roman,  The révolution of Ivy , le tome 2 parait en 2015 ; et dans une registre totalement différent en 2017 sort les filles de Roaneke.
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samedi 31 mars 2018

"Un fragile espoir" d'Hannah Richell.

2013 - Belfond.
Traduit de l'anglais par Michèle Valencia.
424 pages.

A chacun sa boite à Pandore ...


Le roman s’ouvre sur une scène terrible : une jeune femme se jette dans la Tamise. Qui est-elle ? et surtout, pourquoi un tel geste, si désespéré ?
Dora, jeune femme enceinte, brisée par son passé, souhaite vaincre ses démons qui la hantent et l’empêche d’avancer dans son existence et d’apprécier pleinement son bonheur. Elle décide d’annoncer la nouvelle à sa mère et peut-être d’amorcer un début de dialogue rompu à son adolescence. Avec appréhension, elle retourne à Clifftops, la maison familiale dans le Dorset. Une campagne tranquille qui abrite des baies isolées, des plages de sable et des falaises impressionnantes. Le paradis sur carte postale où dix ans plus tôt, son jeune frère, Alfie, de 4 ans est décédé accidentellement. Depuis, un terrible sentiment de culpabilité la ronge accentué par l’attitude et les paroles de sa mère qui résonnent sans fin. Ce drame conduira à l’éclatement et au déchirement de toute la famille Tide. Tous éprouvent cette émotion insidieuse et omniprésente : la culpabilité. Ils se reprochent de ne pas avoir assez aimé ou protégé le plus jeune et le plus fragile d’entre eux.

En parallèle, ce roman nous emmène à suivre les traces passées et présentes de trois femmes ;  deux sœurs Cassie et Dora et leur mère Helen. Les chassés-croisés entre deux époques et les différentes voix narratives nous dévoilent les choix individuels, les circonstances du drame. Nous nous attachons aux personnages dans leur deuil, leur colère, et leur l’angoisse continuelle. Les relations se compliquent.

  "Elle pleure une décennie de regrets et, à nouveau, le petit être qu’ils ont perdue à jamais." (p 178).

"Helen acquiesça, mais elle sentait son cœur se briser lentement, comme une bûche à moitié consumée qui s’effondre sur un tas de cendres froides." (p 205).

L’état dépressif d’Helen, alternance de tristesse et d’apathie, provoque chez elle l’idée qu’elle ne récupérera jamais le goût de vivre. Elle renonce à ses deux filles, refuse de communiquer avec son entourage et s’enferme peu à peu dans cette maison campagnarde qu’elle appréciait si peu ; un mausolée de souvenirs et de châtiments. Les deux adolescentes grandissent, seules, suivant leur personnalité, elles abordent  l’accident différemment. Cassie se révolte, elle refoule sa tristesse derrière une grande colère,  jusqu’à vouloir fuir, s’échapper. Dora se referme sur elle-même, solitaire et brisée. Nous partageons la tourmente et les souffrances de toute une famille. Seul, le père Richard ne s’exprime pas. Nous connaissons ses états d’esprit seulement par ses dialogues et attitudes.

"Chacune semblait enfermée dans sa sphère privée de souffrance et ne pouvait s’approcher des autres, incapable de les regarder en face, de leur parler du tourment qu’elle endurait. Elles avaient été brutalement séparées, comme les feuilles jaunissantes qui commençaient à tomber en voltigeant au vent d’automne glacial. " ( p 209).

L’utilisation prononcée d’analepses nous éclaire sur le passé des personnages et leur psychologie. La mort tragique du jeune Alfie renvoie tout son entourage à leurs limites et leur impuissance. Comment faire face au chagrin ?  Comment survivre et continuer à éprouver des sentiments ?

J’ai beaucoup aimé l’écriture  d’Hannah Richell ainsi que le schéma de son roman. Malgré le thème abordé, la mort tragique d’un enfant et ses conséquences : vies brisées, bonheur et avenir égarés ; le récit reste lumineux, la boîte de Pandore ouverte, il ne reste au fond plus que l’espoir,  la vie reprend le dessus ! Difficile d’oublier une telle histoire.

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Brève sur la romancière, Hannah Richell se consacre à l’écriture après des débuts dans l’édition. Son premier roman, « Un fragile espoir » parait chez Belfond en 2014 ; son deuxième livre, « la maison du lac » est sorti en 2015.  Elle vit aujourd’hui en Australie avec sa petite famille. Son prochain roman, « Peacock Summer' sortira en anglais courant juin 2018. A suivre pour la version française …_____________________________________________________________________

mercredi 28 mars 2018

"Paranoïa" T 1 de Melissa Bellevigne.

Un premier roman intéressant, un premier tome prometteur ...


2016 - Hachette (Black Moon) -
312 pages.
Pour la petite histoire, Melissa Bellevigne a toujours été amoureuse des mots. Poussée par une imagination débordante, elle écrit très tôt, secrètement certaine qu’un jour, ce sera son métier. A la naissance de son premier enfant, elle décide d’ouvrir un blogGolden Wendy, pour garder un pied dans l’écriture et partager ses conseils dans des chroniques principalement orientées beauté et maternité. En avril 2015, son deuxième petit garçon voit le jour, et, elle se replonge dans la rédaction de ses romans avec passion. Son premier roman, "Paranoïa" "sort en mars 2016 et " Miroir " en 2017 aux éditions Hachette , collection Black Moon.
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Lisa Hernest, psychiatre de renom se voit confier un cas complexe à l’institut St Vincent, à côte de Paris. Elle y rencontre Judy Desforêt, jeune femme de 20 ans, hospitalisée à la suite d’une violente agression à Londres. Depuis son enfance, elle souffre de troubles hallucinatoires à tendance paranoïaque. Elle a toujours partagé son existence avec son ami imaginaire ; un adulte appelé Alwyn. Et pour rien arranger, elle est enceinte de cinq mois et refuse de s’alimenter.

En parallèle, nous suivons le récit bien étrange et délirant de Judy accompagnée de son ami Alwyn, personnage invisible ; pourtant, elle semble faire preuve de lucidité. Et Lisa, femme active et responsable qui cache de profondes fêlures. Les deux personnages principaux s’entremêlent et se confondent parfois dans leurs souffrances et désirs inassouvis. Leurs histoires, du moins l’interprétation donnée se déroulent au fur et mesure donnant corps au délire de la jeune Judy. L’épisode londonien force aux interrogations. La psychiatre affirme le coté cartésien, refrénant nos imaginations. Lisa s’investit de trop touchée par sa fragilité et cette grossesse rejetée. Elle désire vraiment l’aider ! 

"Malgré mon métier et mon expérience, la frontière entre sa réalité et son imaginaire était si floue qu'elle m'impressionnait ; je m'étais attendue à ce qu'elle me réponde que, non, elle n'avait pas ce courrier en sa possession." (p 104).


J’eus préféré des accents plus prononcés sur la maladie paranoïaque et les délires hallucinatoires entrecoupés de signes paranormaux pour vraiment intensifier les doutes. Nous sommes plutôt bercés par l’histoire de Judy sans réellement nous questionner.

"Orchidées, roses, violettes, lys, coquelicots, une variété infinie de pétales semblait s’amuser à dessiner une aquarelle de contes de fées, créant un véritable tapis de couleurs." (p 285)


Un seul gros point noir ! La couverture : " L’une est la seule à le voir. L’autre est la seule à la croire. " Un résumé publicitaire totalement erroné qui peut malheureusement frustrer les lecteurs dans leurs attentes !!!

Une lecture facile, fluide que j'ai terminé sans trop de peine, sans mentir, j'ai été charmée par ce premier tome et je vais lire la suite sans attendre !
Si délires psychotiques, que cachent-ils ? L'intrigue reste intéressante et assurément donne  l’envie d’en découvrir plus ; un rôle prescrit à ce premier tome …

mercredi 28 février 2018

"L'oiseau des neiges" de Tracy Rees.

Le charme à l'anglaise ...


2016 - Presses de la Cité - 2017 - France Loisirs
Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier.
575 pages.
Janvier 1831 – Aurélia Vennaway, une enfant de 8 ans, intrépide et rebelle trouve dans la neige un nouveau-né. Malgré la désapprobation de ses parents, grands aristocrates, du comté de Surrey ; elle impose le bébé et la prénomme « Amy Snow ». Amy grandit dans l’ombre d’une cuisine. Dès son plus jeune âge, elle apprend à éviter les parents d’Aurélia. Leur amitié sincère et profonde l’a protégée un temps de leur méchanceté. Lady Vennaway , méprisante et humiliante a su montrer sa cruauté à plusieurs reprises.  Surnommée, avec tendresse, « son petit oiseau », Amy arrive tant bien que mal à devenir une jeune fille douce et instruite grâce aux bons soins d’Aurélia. Celle-ci devient une courageuse et déterminée jeune femme. Elle refuse les carcans de son éducation et refuse d’un bloc toute idée de mariage imposé. Elle se sent prisonnière dans ce grand domaine qu’est « Hatville Court ». Elle rêve d’émancipation et de liberté ; une suffragette avant l’heure ! Comme son auteur favori, Mr Charles Dickens, Aurélia prône la justice, la liberté et l'égalité.  Le destin frappe sournoisement la jeune femme, elle développe une maladie cardiaque ; déficience qui lui sera fatale, ses jours sont comptés. Elle décide de quitter un temps la demeure familiale et part découvrir une partie de l’Angleterre de l’époque. Elle revient fragilisée et Amy ne la quitte plus jusqu’à son dernier soupir.

" Le vent chuchotait des regrets dans son langage incompréhensible". (p 30)

Amy découvre avec stupeur, que sa tendre amie lui a laissée sous forme de lettres une chasse au trésor ; elle lui révèle d’outre-tombe ses secrets.

"Et quelque part dans ce sac, serrés entre les chaussures et les robes râpées, sont rangés mes rêves, défraîchis eux aussi, trop longtemps négligés". (p 64).

Ce roman reste une merveilleuse découverte, le genre de récit où nous nous surprenons à ralentir notre lecture pour mieux en savourer l’intrigue et l’atmosphère !  Le récit écrit à la première personne nous jette à la suite d’Amy face à son destin ; frêle petit oiseau ballotté dans une société rude pour une jeune femme sans famille et biens. Nous ressentons ses joies et peines toujours curieuses d’en savoir plus quant à cette quête qui nous transporte à l’Angleterre du début de l’ère victorienne. La fougueuse et sympathique Aurélia reste présente et bien présente malgré son décès tel un ange gardien qui parsème le chemin caillouteux, très difficile d’Amy, de fleurs et de tendresse épistolaire.

"Le passé est un marécage empli de créatures ténébreuses et perfides qui rôdent sous l’eau". (p 248).

De son voyage, la jeune fille en sortira plus forte, ses rencontres changeront à jamais son existence. Le fragile petit oiseau peut prendre son envol. La force de ses émotions nous bouleverse.

Cette lecture frôle le coup de cœur, j’ai aimé pérégriner dans cette Angleterre du XIXème siècle, deviner au travers d'une écriture talentueuse et poétique les paysages anglais (j’apprécie énormément les campagnes anglaises), les personnages au langage si châtié, aux retenues distinguées propres à cette époque. La vieille Mrs Riverthorpe caustique et sarcastique à souhait m’a amusée ! Une touche haute en couleur pour dénoncer les mœurs étriquées et guindées, de ce milieu aristocratique et grand bourgeoisie plein de morgue, d’arrogance et de suffisance !

C’est réellement une lecture séduisante ; un beau roman historique doublé d’un parcours initiatique. Ce roman se lit tranquillement sous un plaid doux et chaud avec une bonne boisson chaude, caché de l’hiver et heureux de l’intrigue …

" Le temps est comme un fleuve : il nous emmène sur son courant, plus vite que nous le souhaiterions, bien souvent" . ( p 285-286).

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Tracy Rees est née en Ecosse en 1972. Diplômée de Cambridge, elle a travaillé dans l'édition pendant huit ans avec de se tourner vers la psychologie. L'Oiseau des neiges est son premier roman (2016).