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lundi 3 mai 2021

"L'indomptée, le roman de la papesse Jeanne" de Donna Cross.

Presses de la Cité - 1997 et 2020 -
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hubert Tézenas.
567 pages.
Une prodigieuse fiction historique où la romancière marie avec brio l'Histoire et le romanesque. Attablée devant sa table de travail, minutieuse, elle brode sa tapisserie. Un monde médiéval, féroce s' anime sous son aiguille, elle file, mêle des couleurs chatoyantes et sombres, comble les zones d'ombre et raconte le destin hors norme d'une femme exceptionnelle. Un travail de recherches rigoureux avec des imaginations que nous pourrions qualifier de sérieuses !  

Top lectrice France Loisirs.

A la mort de Charlemagne, Jeanne naît à Ingelhein sur les bords du Rhin. Son père chanoine, d'origine anglaise, l'élève d'une poigne de dure et violente sans aucune affection. Sa mère, Gudrun, saxonne, un trophée ramené des guerres sanglantes, la berce de légendes et lui prodigue un peu de tendresse. Très tôt, elle se révèle curieuse de tout et dotée d'une finesse d'esprit exceptionnelle. Aidée, par son frère ainé Matthias, elle acquiert de solides bases de lecture, d'écriture et de culture latine. Après le décès de celui-ci, la rencontre avec un prêtre grec, Asclepios la conforte dans rêves d'indépendance et d'instruction. Une soif d'apprendre jamais rassasiée. Elle se révolte contre les partis pris et interdits qui oppressent les femmes. Jeanne se décide à fuir et elle accompagne son second frère vers Dorstadt (Basse-Saxe). Là, elle intègrera l'école cathédrale. Elle est placée chez Gerold, charismatique chevalier ...  

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Pour postulat, la papesse Jeanne a bel et bien existé ! Certes, un règne court ! L'auteure aborde un sujet épineux ! Avec aisance et beaucoup de finesse, Donna Cross nous projette dans l'univers très éloigné et tellement abscons du Haut Moyen-âge. beaucoup de recherches, de documentations et certainement un travail long et fastidieux ravivent une époque dure, meurtrière. La population souffrait continuellement de froid, de faim. Chaque jour qui se levait, était un combat perpétuel pour espérer voir l'aube du prochain. Les seigneurs et les prélats régissaient les contrées d'une main de fer. Le Vatican, un palais où fourmillaient  complots, clans en perpétuelle opposition. Le religion servait de prétexte pour des conquêtes de pouvoirs et de richesses. Les ravages des incessants combats sur les terres et les exactions sur la population sont criant de vérité. Un monde de barbares qui se cache derrière des paravents de croix et des palais aux dorures trop souvent ensanglantées.

Ses dons intellectuels, sa très bonne mémoire , les leçons façonnent la petite Jeanne en une jeune femme téméraire, instruite, capable d'affronter les plus grands hommes en des joutes redoutables et très appréciées.  Elle s'interroge sur tout, le bien, le mal et ses réflexions en font une philosophe !
Toujours debout, capable de s'assumer, elle traversera les routes de la future Europe pour s'installer à Rome et pénétrer dans les coursives du Vatican avec pour seule quête , la liberté de vivre et d'apprendre. Son parcours surprenant en fait une héroïne moderne, indépendante. Etre une femme est un handicap et bien, elle passe outre, se taille les cheveux et se grime en homme.
Toutes ses aventures lui permettront, très jeune, de rencontrer l'amour avec le chevalier Gerold, fidèle jusqu'au bout. Un personnage flamboyant, au caractère entier qui séduit. Pensez donc, il la surnomme "sa perle" !
Petit pincement au cœur, pour la mère, Gudrun, saxonne, une rescapée du massacre de son peuple par les armées de Charlemagne. Résignée sur son sort, elle subit une forme d'esclavage sans oublier ses origines, ses terres et son mode de vie. Elle bercera sa fille de légendes et de rites païens, une transmission orale.
Ce roman est une formidable machine à remonter le temps et qu'avant toute chose, il reste une très belle œuvre furieusement romanesque !
Exit les polémiques sur l'existence avérée de Jeanne la papesse, ce joli petit pavé est une formidable vitrine de l'après règne de Charlemagne. Une occasion de s'instruire et de découvrir l'époque carolingienne. Tout est savamment expliqué et décrit. Les prémisses de ce que deviendra l'Allemagne et la France. Un panel complet sur la vie, les mœurs, les coutumes et les superstitions où les sciences et les Humanités balbutiaient.  La guerre frappe toujours aux portes des cités avec son lot de violences. La course au pouvoir, aux richesses assèchent toujours et encore le cœur des hommes.  

 

mardi 20 octobre 2020

"La prisonnière du temps" de Kate Morton.

2019 - Presses de la Cité - traduit de l'anglais(Australie) par Anne-Sophie Homassel - 616 pages.
2019 - Presses de la Cité.
Traduit de l'anglais (Australie par Anne-Sophie Homassel.)
616 pages.

Un vrai coup au cœur, Kate Morton nous offre une œuvre inoubliable, enchanteresse où elle exprime à merveille ses talents de conteuse. Le temps a suspendu son envol et j'ai apprécié.

Top lectrice France Loisirs.

Dans un souffle froid, une dame blanche, appelons-la Lily, se confie et se remémore sa vie et celles des vivants qu'elle a croisés. Une invisible spectatrice, dans un temps suspendu pour l'éternité, les mécanismes de son horloge se sont brisés.

Tic-tac, le temps défile dans un sens ou dans un autre ...

Une fiction éblouissante tisse sa toile d'araignée où chaque fil nous entraîne à la suite d'Elodie Winslow, jeune archiviste londonienne qui délaisse tout après la découverte d'un carnet de croquis et d'une vieille photographie. Elle se lance dans une quête obsessionnelle. L'horloger au service temps, joue avec les petites et grandes aiguilles et les vies passées se brodent de nouveau dans cette grande toile. 

J'ai savouré chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre. J'ai même ralenti ma lecture, pris mon temps et relu plusieurs fois certains passages. La magie a opéré ...C'est un délice littéraire, un  grand roman d'atmosphère. Un tourbillon de vies qui se délie et s'attache tous à une vieille maison où les personnages puisent réconfort face aux tourmentes de l'histoire et laissent couler leurs souffrances face à la mort d'un être cher. Kate Morton a su réinventer le roman gothique avec juste ce qu'il faut de crépusculaire et d'inquiétant. Une âme prisonnière qui déambule sans fin dans les couloirs poussiéreux et humides d'un manoir anglais figé dans le temps. Un musée qui se dresse à la mémoire d'un peintre trop tôt disparu ; mort noyé après des années d'errance à la recherche de son grand amour perdu après une nuit d'orage. Nous n'aurons jamais son point de vue, ni son existence ne sera décrite comme pour accentuer l'image de génie et d'amant maudit. Adolescent à l'imagination fertile, il prétendra avoir été poursuivi par un démon dans les bois, guidé et sauvé in extrémis par une lumière brillant à une fenêtre d'un grenier. C'était Birchwood Manor et sa légende des enfants de fées. Cette même lumière se manifestera à d'autres personnages au cours de l'histoire. La reine des fées Titiana, souveraine des songes, n'est pas loin. Il me semble entendre son char suivre l'ombre de la nuit !   

L'horloge du temps s'affole et tourne dans tous les sens pour nous présenter tour à tour des personnages qui séjourneront dans le manoir à la croisée de  leurs vies, liés les uns aux autres par les hasards de l'existence. L'auteur s'est plu à semer des petits cailloux blancs sur sa partition romanesque, autant de clins d'œil à d'autres romans. Son prince pâle sous trois accords nous emporte vers "le jardin secret" de Frances Hodgson Burnett avec le cousin de la petite Mary exilée de ses Indes natales (connotation avec Ada !) qui vit reclus dans sa chambre. Mary ou Birdie font sa connaissance et une forte amitié se nouera. Notre dame blanche, mélodieuse et ensorcelante Birdie, est une petite sœur sous bien des côtés d'Elisabeth Sidal, muse et femme de Dante Gabriel Rossetti. Une femme à la beauté éclatante qui a su charmer à son époque bien des peintres et inspire encore de nos jours nombres de romanciers. J'extrapole peut-être, mais le temps perdu, le temps retrouvé, le long fleuve de la vie qui s'écoule sans fin m'a suggéré quelques clins d'œil à l'œuvre majeure de Marcel Proust. Un choix qui s'est insinué avec la révélation du vrai prénom de Birdie-Lilly. A bien y réfléchir, une identité somme toute logique !

Après un tel roman, un maelström d'émotions tourbillonne sous mon crâne. J'espère trouver un jour mon Birchwood Manor et sa cachette sous l'escalier. Je me glisserai au sol sans bruit. J'attendrai les derniers rayons du soleil crépusculaire, je gratterai trois fois aux parois de bois vieillis, dans l'attente d'un signe. Et là, sous une certaine atmosphère un peu oppressante et fraîche, je murmurerai à cet oisillon perdu, des mots de réconfort. "N'oublie jamais ton existence passée, ni ceux qui l'ont traversée, chuchote le prénom de ton grand amour. Peut-être entendra-t-il ta douce voix et émergera de cette grande nuit d'oubli.  Vous aurez alors l'éternité plus un jour pour vous aimer comme l'a écrit un certain William, très célèbre." Peut-être, aussi, sera-t-elle encline à d'autres confidences et je pourrai ainsi me blottir dans les bras de ces mousselines jaunies du passé. Le temps sera retrouvé pour les uns et suspendu pour une autre ... Ensuite, je m'endormirai bercée par cette voix d'outre-tombe, ou bien, je furèterai à la recherche de cette horloge, unique cadeau d'Edward, seule possession de Lily en ce bas monde. En partant, je saluerai le grenier éclairé. 

Vous soupirez et vous vous dites : tout est est bien excessif. Non, lisez donc et vous verrez ! Vous ne regarderez plus de la même façon un érable et son coin ombragé qui appelle au repos ...

Comme une virtuose, seule, sur scène, Kate Morton a peint un roman à l'ambiance si particulière, empreinte de mystères où se révèlent des personnages aux destins liés au gré des brises du vent où soufflent des murmures d'un autre âge. Elle possède un sens aigu du mystère et de la magie des lieux ; elle sait créer une histoire et surtout dresser une atmosphère exceptionnelle. Un conte certes un peu complexe, mais tellement envoûtant ...

Comme j'aimerais posséder la plume de Kate Morton et juste un soupçon de son génie romanesque.  Cette grande conteuse nous happe dans une symphonie de portraits croisés, lumineux, touchants sous les frôlements et les murmures d'un esprit féminin, prisonnier dans l'entre deux mondes. Une évocation toute en finesse de maison hantée qui ensorcelle les esprits et relancer le sujet épineux de la vie après la mort. Une vision toute poétique des âmes qui restent parmi nous, sans brutalité, ni horreur ; juste en murmures et souvenirs à qui sait écouter ... Juste une ébauche de conseil, lisez ce roman avec en fond "La symphonie fantastique" de Berlioz, la magnificence de ce récit en est sublimée ! 

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Kate Morton, est née en Australie en 1976 ; titulaire d’une maîtrise sur la littérature victorienne, férue de littérature gothique, est depuis toujours fascinée par les romans d’atmosphère. Son premier roman, Les Brumes de Riverton (Presses de la Cité, 2007), écrit à 29 ans, est un succès mondial, bientôt suivi par Le Jardin des secrets (2009) et Les Heures lointaines (2011), puis La Scène des souvenirs (2013),  L’Enfant du lac, parait aux Presses de la Cité en 2016. Son petit dernier et non des moindres en 2019 sous le titre de La prisonnière du temps.

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mercredi 28 février 2018

"L'oiseau des neiges" de Tracy Rees.

Le charme à l'anglaise ...


2016 - Presses de la Cité - 2017 - France Loisirs
Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier.
575 pages.
Janvier 1831 – Aurélia Vennaway, une enfant de 8 ans, intrépide et rebelle trouve dans la neige un nouveau-né. Malgré la désapprobation de ses parents, grands aristocrates, du comté de Surrey ; elle impose le bébé et la prénomme « Amy Snow ». Amy grandit dans l’ombre d’une cuisine. Dès son plus jeune âge, elle apprend à éviter les parents d’Aurélia. Leur amitié sincère et profonde l’a protégée un temps de leur méchanceté. Lady Vennaway , méprisante et humiliante a su montrer sa cruauté à plusieurs reprises.  Surnommée, avec tendresse, « son petit oiseau », Amy arrive tant bien que mal à devenir une jeune fille douce et instruite grâce aux bons soins d’Aurélia. Celle-ci devient une courageuse et déterminée jeune femme. Elle refuse les carcans de son éducation et refuse d’un bloc toute idée de mariage imposé. Elle se sent prisonnière dans ce grand domaine qu’est « Hatville Court ». Elle rêve d’émancipation et de liberté ; une suffragette avant l’heure ! Comme son auteur favori, Mr Charles Dickens, Aurélia prône la justice, la liberté et l'égalité.  Le destin frappe sournoisement la jeune femme, elle développe une maladie cardiaque ; déficience qui lui sera fatale, ses jours sont comptés. Elle décide de quitter un temps la demeure familiale et part découvrir une partie de l’Angleterre de l’époque. Elle revient fragilisée et Amy ne la quitte plus jusqu’à son dernier soupir.

" Le vent chuchotait des regrets dans son langage incompréhensible". (p 30)

Amy découvre avec stupeur, que sa tendre amie lui a laissée sous forme de lettres une chasse au trésor ; elle lui révèle d’outre-tombe ses secrets.

"Et quelque part dans ce sac, serrés entre les chaussures et les robes râpées, sont rangés mes rêves, défraîchis eux aussi, trop longtemps négligés". (p 64).

Ce roman reste une merveilleuse découverte, le genre de récit où nous nous surprenons à ralentir notre lecture pour mieux en savourer l’intrigue et l’atmosphère !  Le récit écrit à la première personne nous jette à la suite d’Amy face à son destin ; frêle petit oiseau ballotté dans une société rude pour une jeune femme sans famille et biens. Nous ressentons ses joies et peines toujours curieuses d’en savoir plus quant à cette quête qui nous transporte à l’Angleterre du début de l’ère victorienne. La fougueuse et sympathique Aurélia reste présente et bien présente malgré son décès tel un ange gardien qui parsème le chemin caillouteux, très difficile d’Amy, de fleurs et de tendresse épistolaire.

"Le passé est un marécage empli de créatures ténébreuses et perfides qui rôdent sous l’eau". (p 248).

De son voyage, la jeune fille en sortira plus forte, ses rencontres changeront à jamais son existence. Le fragile petit oiseau peut prendre son envol. La force de ses émotions nous bouleverse.

Cette lecture frôle le coup de cœur, j’ai aimé pérégriner dans cette Angleterre du XIXème siècle, deviner au travers d'une écriture talentueuse et poétique les paysages anglais (j’apprécie énormément les campagnes anglaises), les personnages au langage si châtié, aux retenues distinguées propres à cette époque. La vieille Mrs Riverthorpe caustique et sarcastique à souhait m’a amusée ! Une touche haute en couleur pour dénoncer les mœurs étriquées et guindées, de ce milieu aristocratique et grand bourgeoisie plein de morgue, d’arrogance et de suffisance !

C’est réellement une lecture séduisante ; un beau roman historique doublé d’un parcours initiatique. Ce roman se lit tranquillement sous un plaid doux et chaud avec une bonne boisson chaude, caché de l’hiver et heureux de l’intrigue …

" Le temps est comme un fleuve : il nous emmène sur son courant, plus vite que nous le souhaiterions, bien souvent" . ( p 285-286).

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Tracy Rees est née en Ecosse en 1972. Diplômée de Cambridge, elle a travaillé dans l'édition pendant huit ans avec de se tourner vers la psychologie. L'Oiseau des neiges est son premier roman (2016).

dimanche 26 novembre 2017

"L'enfant du lac" de Kate Morton.

Une lecture envoûtante ...

2016 - Presses de la cité - 2017 - France Loisirs
Traduit de l'anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel.
759 pages.



2003 – Sadie Sparrow, jeune policière londonienne, en vacances forcées, se réfugie chez son grand-père maternel dans les Cornouailles. Sa dernière enquête, l’a profondément affectée. Dans un appartement, son supérieur et elle ont trouvé une très jeune enfant, seule, apparemment abandonnée par sa mère. Elle refuse de croire à la fugue de la mère, s’investit personnellement, trop même et commet une faute. Sa vie privée se trouve des plus compliquées et un courrier l’ébranle et la jette dans les griffes d’un passé qu’elle essaie tant bien que mal d’oublier. Dans la campagne des Cornouilles, elle s’épuise en courses. Un jour, elle découvre un domaine magnifique où trône une imposante demeure, abandonnée par ses occupants et comme figée dans le temps. Subjuguée, sous le charme, elle cherche à en savoir plus.

"Leur maison est devenue notre palais de la Belle au bois dormant, en un sens." (p. 82).

1933 – A Loeanneth, « la maison du lac », pendant la fête du solstice d’été, le dernier né de la famille Edevane disparait. Enlevé, assassiné, Théo, onze mois, n’a jamais été retrouvé. L’enquête n’a jamais abouti ; laissant une famille à jamais brisée ; des parents et trois sœurs murés dans leurs silences et leurs souffrances.
Sadie, piquée au vif, désœuvrée et sensible au drame reprend l’enquête. Les multiples détails troublants aiguisent sa curiosité qui tourne vite à l’obsession.

" Leurs enfances avaient beau ne pas se ressembler, Sadie se sentait proche d’Eleanor Edevane. Elle avait conçu une certaine affection pour la jeune héroïne du conte, si loyale, si courageuse et cependant si espiègle : le genre de petite fille que Sadie enfant aurait voulu être." (p 190).

A Londres, Alice Edevane, seconde sœur de Théo, devenue auteur de romans policiers à succès, s’émeut d’apprendre qu’une personne s’intéresse à cette disparition. Les fantômes de son propre passé frappent à sa porte et sa jeunesse dans cette merveille maison du lac s’invite. Après le drame, elle n’est jamais revenue dans cette « maison du lac » si chère à son cœur.Parallèlement, avec le charme d’une grande conteuse, Kate Morton brosse le portrait d’Eleanor, personnage capital une mère, femme surprenante, bouleversante. La Première Guerre mondiale jette de noirs nuages sur son mariage avec le bel et généreux Anthony, rencontré et aimé dans des conditions follement romanesques ! Une enfant aussi, héroïne d’un conte féerique, écrit par un ami de son père, plongée dans des rêves fabuleux d’aventures et tellement attachée à Loeanneth, sa maison du lac et ses fabuleux jardins.

"… le passé, au mépris du temps, vous rattrapait toujours." (p 84), une petite phrase qui s’applique à tous les personnages de ce grand roman. Le passé guide leurs actes, pensées et chacun souffre et se brise à son contact quasi-permanent.

Chassés-croisés entre mensonges d’une nuit d’été, secrets enfouis, culpabilité, sacrifices et apparences à sauver ; tout ces allers et retours entre les différentes époques abordent : les deux guerres mondiales et leurs indélébiles traumatismes ; l’enfance avec ses joies, ses peines et ses désenchantements ; la nostalgie ; les souvenirs ; l’amour, ses joies, ses peines et déchirements ; et le rôle d’une femme, d’une mère, ses dualités et ses sacrifices, seule à décider et à protéger ceux qu’elle aime.

"Les libellules n’imaginent pas une seconde qu’elles puissent prévoir l’avenir. Elles volent de-ci, de-là, prenant plaisir à la caresse du soleil sur leurs ailes."  (p 203).

Les drames sonnent le glas des insouciances et des rêves propulsant l’enfance dans le monde des adultes.

Ce n’est pas un roman policier au sens propre, mais plutôt une quête, une soif d’absolution pour Sadie, un repos de l’âme pour Alice vieillissante. Le présent qui demande des réponses à un passé pour en finir avec ses questionnements sans fin.

Un roman d’atmosphère, au charme à l’anglaise, avec ses paysages des Cornouailles, ses vieilles demeures chargées de souvenirs et hantées par leurs secrets étouffés dans leurs pierres froides  rappellent par petites touches lointaines les décors des romans de Daphné du Maurier. De multiples rebondissements, des immersions dans l’intimité de chacun, récit polyphonique  nous enchainent à l’intrigue. Il est vraiment difficile de quitter ce récit, la dernière page tournée. Un final très surprenant, un beau jeu de coïncidences,  laisse pointer une petite lueur au fond d’un tunnel bien long.


"Vivant de surcroît à Loeanneth, maison riche de sa propre histoire ; ils devaient fatalement construire leurs propres vies comme des romans. Y manquait pourtant toujours un chapitre, le même, que personne n’avait jamais raconté." (p 495).


J’affectionne tout particulièrement ce genre de roman et Kate Morton excelle avec les récits d’atmosphère jouant à merveille avec les époques, les secrets de famille, sachant ouvrir avec finesse les tiroirs à mystère ; ensorcelant ses lecteurs avec ses descriptions de lieux et d’objets. Une subtile maitrise de style et de vocabulaire nous projette dans l’esprit de ses personnages et nous partageons de concert leurs joies et souffrances. Un de ses effets stylistique, la phrase nominale permet des raccourcis saisissants et traduit avec subtilité une idée et même une émotion !


"Théo. Les questions du journaliste, le photographe, Alice dans l’embrasure la porte." ( p 177).

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Kate Morton est née en Australie en 1976 ; titulaire d’une maîtrise sur la littérature victorienne, férue de littérature gothique est depuis toujours fascinée par les romans d’atmosphère. Son premier roman, Les Brumes de Riverton (Presses de la Cité, 2007), écrit à 29 ans, est un succès mondial, bientôt suivi par Le Jardin des secrets (2009) et Les Heures lointaines (2011), puis La Scène des souvenirs (2013), chez le même éditeur. Son dernier roman, L’Enfant du lac, parait aux Presses de la Cité en 2016. 
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