jeudi 15 juin 2017

"Les heures" de Michael Cunningham

Titre original : "The hours"
Belfond - 1999-
238 pages.
Trois femmes, trois époques, une journée, un fil conducteur, un roman de Virginia Woolf « Mrs Dalloway », voilà pour la trame de ce roman …Rien de plus n’est donné quant à l’histoire de ce roman ; intriguée, auteur inconnu pour moi et je me lance dans cette nouvelle lecture ! J’aime assez ce concept, ne rien dévoiler quant à la trame de l’histoire ; une totale découverte au fil des pages.

Clarissa est éditrice à New-York à la fin du XXème siècle ; surnommée Mrs Dalloway par son plus tendre ami Richard. D’ailleurs, elle donne en  son honneur un diner qui lui tient vraiment à cœur. Virginia Woolf est romancière en Angleterre en 1923. Elle commence un nouveau roman qui deviendra « Mrs Dalloway ». Elle vit pour l’instant à Richmond le temps de son rétablissement sur les injonctions de son mari. Elle s’ennuie, rêve de retourner à Londres. Laura Brown, mère au foyer demeure à Los Angeles en 1949 ; mère d’un tout jeune garçon « Richie », elle attend son second enfant ; mariée à Dan un ancien militaire, héros de la seconde mondiale. Rat de bibliothèque, lectrice compulsive, elle traverse plus qu’elle ne vit son époque. Nous nous retrouvons face aux figures de la création littéraire : c’est-à-dire, l’écrivain, le personnage et le lecteur.

D’un chapitre à l’autre, nous passons de l’une à l’autre. Le roman commence avec le suicide de Virginia Woolf, nous partageons ses ultimes moments. Episode terrible, écrit avec pudeur, sans pathos rendu réaliste, plausible comme sous le sceau de dernières confidences. Tour à tour, au fil des chapitres, nous nous immisçons dans l’inconscient des ses trois femmes liées par une même connivence spirituelle, une même sensibilité exacerbée proche du désespoir et de la détresse, une forte et puissante dépression chronique. Ce sont des écorchées vives qui cultivent avec brio les apparences et les faux-semblants. Leurs âmes souffrent et crient sans rien laisser en transparaître !!! Peu de notes d’espoir pour leurs espérances inassouvies surtout bien mises en avant chez Laura Brown. Elle préfère se perdre dans la lecture comme une fuite en avant toute intérieure.

Par les monologues intérieurs de ses trois figures féminines, le romancier Michael Cunningham  effleure tout en finesse les thèmes de la maladie (le sida) avec Richard poète maudit, malade au bord de la folie ; de la vie avec Clarissa qui malgré tout trouve que l’existence reste une formidable et belle aventure ; de l’hésitation sexuelle ; de la mort omniprésente, tentation suicidaire pour la plupart des personnages ; du temps personnage à part entière. Tic tac … Pour certains les heures filent trop vite, pour d’autres elles s’étirent vers l’infini !
Tout le long des chapitres qui concernent « Clarissa Dalloway », l’auteur nous renvoie par subtiles touches au roman de Virginia Woolf, des rappels qui si nous avons lu le roman gênent un peu la lecture. Nous nous renvoyons trop dans l’œuvre de Mrs Woolf. Pour aperçu : dans la rue, Clarissa et les badauds sont interpellés par une pétarade qui les attire vers le lieu d’un tournage de séquence de film. Dans « Mrs Dalloway », un pneu qui éclate séduit et captive la foule qui se perd en conjectures quant à l’occupant de l’automobile. A chaque section, inconsciemment, nous cherchons les clins d’œil et la comparaison s’installe : l’achat des fleurs, la soirée qui se prépare, le passé qui resurgit sans cesse etc. Alors, forcément impossible de ne pas prévoir le suicide d’un des personnages. Arrêtons là l’énumération le plaisir de la découverte risque d’être gâché !
L'adaptation cinématographique



Ne pas chercher d’action, dans ce roman, il n’y en a pas ! « Les heures » reste un récit introspectif, tout en douceur et en tristesse. Une très belle surprise, une lecture subtile et un très bel hommage à Virginia Woolf. J’ai beaucoup aimé le regard de l’auteur sur la romancière, sa douleur morale et sa difficulté à écrire. Je me suis surprise relire plusieurs fois certains passages avec un réel plaisir, emportée dans les détails, l’artistique, les émotions et la délicatesse !

"Elle aurait pu avoir une vie aussi riche et dangereuse que la littérature" -p 107 -

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Michael Cunningham, romancier américain est né à Cincinnati en Ohio le 6 novembre 1952. Il a grandit à Pasadena, en Californie. Il a étudié la littérature anglaise à l’université Stanford où il a obtenu une licence en Lettres. Très impliqué dans la lutte contre le sida, il participe à la naissance d’Act-Up. Il vit actuellement à New York.
Ses romans : « La maison du bout du monde » (1992) – « De chair et de sang » (1995) – « Les heures » (1999) – « Le livre des jours » (2005) – « Crépuscule » (2011) – « Snow Queen » (2015) – « Ils vécurent heureux, eurent beaucoup, d’enfants et puis …» - (2016).
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mercredi 10 mai 2017

"La vérité à propos d’Alice de Katherine Webb.

Titre original : "The misbegotten.
Belfond 2015 - France Loisirs 2016.
700 pages.

Un secret de famille, des mystères ...  

Angleterre, 1821, Rachel Crofton, orpheline, de bonne famille mais ruinée pense échapper à sa condition de gouvernante et vieille fille en épousant un négociant de vins, Richard Weekes ; A défaut d’être amoureuse, il lui semble être un parti convenable. Installée à Bath, dans sa nouvelle condition de femme mariée, elle découvre un homme colérique et opportuniste. Pour tromper son ennui et sa grandissante déception, Rachel accepte la proposition de lady Alleyn, une cliente et bienfaitrice de son mari. Elle rencontre son fils reclus, Jonathan, vétéran de la guerre d’Espagne. Dès sa première visite, Rachel comprend que les apparences masquent de profondes failles : pourquoi Jonathan réagit-il si vivement à sa vue ? Qui était Alice, sa fiancée mystérieusement disparue et à qui Rachel ressemble tant ?
Décidée à percer le secret de la maison Alleyn, Rachel n’a bientôt plus qu’une idée en tête : découvrir la vérité à propos d’Alice… Starling, une des servantes des Alleyn, très liée à Alice par le passé cherche à prouver la culpabilité de Jonathan ; elle le tient pour responsable de la mort d’Alice ; il n’y aurait pas de disparition ! Personnage tenace, amer, désabusé ; son unique but dans sa misérable existence est de faire éclater la vérité. Comme dans les précédents romans de Katherine Webb, ce personnage féminin de petite condition aborde
une attitude résolument féministe avant-gardiste.

Deux époques se chevauchent : la jeunesse d’Alice Beckwith (1803 -1809) et  douze ans après avec la vie de Rachel Crofton épouse Weekes (1821). Après un début un peu lent caractéristique de ce style de roman, l’histoire se met petit à petit en place avec son flot de personnages principaux et secondaires ; attention, tous ont leur importance ! Nous finissons par ne plus vouloir lâcher ce livre tant notre envie est grande de tout découvrir. 

Tout commence en 1803, lorsque Alice recueille une fillette qu’elle prénomme singulièrement « Starling ». Dans une ferme modeste de l’époque, nous apparait l’existence d’Alice entourée de sa gouvernante-servante Bridget , son bienfaiteur lord Faukes – personnage ambivalent – et le jeune Jonathan. Toute cette période nous est relatée par Starling. Alice, personnage absent et omniprésent n’est dévoilé que par le biais d’une tierce personne. Sa personnalité, son apparence nous fait l’effet d’un ange sur terre égaré parmi les siens. Ses sentiments, ses actions nous sont toujours racontés par une tierce personne. 

En 1821, nous retrouvons Starling et Jonathan plus âgés et vraiment différents. Starling, devenue servante après la disparition de sa « sœur » n’a plus qu’une obsession : prouver la culpabilité de Jonathan Alleyn. Jeune femme résolument têtue au caractère bien trempé, au regard acéré sur son époque et la condition féminine de son milieu. Ses jugements sont tranchants sur la caste bourgeoise et aristocratique anglaise. Quant à Jonathan, dévoilé comme un homme ravagé, blessé  par les traumatismes subis à la guerre d’Espagne, il ne semble pas pouvoir se relever de la disparition d’Alice et de ses souvenirs cauchemardesques. L’arrivée de Rachel, portrait troublant d’Alice fait l’effet d’un électrochoc qui déclenche les résurgences du passé submergeant le présent ; Tout est bouleversé, petit à petit les voiles se lèvent sur une Rachel, malgré son éducation de jeune femme de la bonne société anglaise, s’affranchit peu à peu d’une union décevante,  et cherche à connaitre la vérité. Elle est douce, généreuse et pleine d’empathie. Mme Joséphine Alleyn, mère de Jonathan, est l’archétype du personnage de bonne condition engluée dans son éducation, conservatrice et cache des secrets derrière un  masque de beauté froide et noble.

P 209 - "En pénétrant dans cette demeure, elle avait l'impression l'impression de sortir du temps et de l'espace, d'entrer dans un monde où les règles familières ne s'appliquaient plus, où tout pouvait arriver".

p 328 - "Ne plus jamais s'exposer au risque de la douleur. Mais en se cachant comme il le fait, il s'enferme dans ses souvenirs et dans ses cauchemars. En vérité, je pense que le plus grand obstacle à son retour à la santé, peut-être le seul, c'est que ... c'est qu'il ne le désire pas".

Impossible d’en écrire plus sur les personnages et l’intrigue sans divulguer toute la trame de l’histoire. Au fil des chapitres, tout s’enchaine et tous les détails ont leur importance. L’atmosphère est bien rendue grâce aux belles descriptions de la ville de Bath sous un automne et un hiver rigoureux, accentuant le côté dramatique. La formidable plume de l’auteur nous happe dans son univers et nous suivons les personnages dans leur existence. Nous vivons, nous souffrons avec eux.  

p 253 - "Pourtant quand la maladie de l âme nous désespère, les poètes sont de vieux médecins réputés, qui, à notre esprit tourmenté offrent en remèdes les exemples du passé". Sir William Duvenant.

La romancière Katherine Webb est l’héritière des grandes romancières anglaises.  Elle nous offre un formidable roman sur l’amour, la perte d’un être cher dans une ambiance sombre, d’une grande noirceur ! Une connotation féministe reste toujours présente avec tous les différents personnages féminins. Par certains côtés, Rachel m’a rappelé Jane Eyre de Charlotte Brontë. Un grand coup de cœur, une lecture qui ne laisse pas indifférente … Je conseille ce roman  aux amoureux de mystères, de secrets de famille, d’atmosphère sombre, de belles et longues descriptions ; Lecture intense en perspective.

p 541 - "Dehors, le vent malmenait les arbres et sifflait dans les fissures et les recoins de la cité, mugissant comme un océan affamé. La maison bougeait et grinçait autour d'eux, des courants d'air se glissaient au-dessous des portes et des fenêtres, le long des cheminées et sous les tuiles".

Un petit aparté : un grand merci à la traductrice Florence Bertrand qui a su si bien traduire l’atmosphère de ce roman ; un style irréprochable qui laisse à penser à une belle écriture française …

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Née en 1977, Katherine Webb a étudié l’histoire à l’université de Durham. ; Elle vit aujourd’hui dans la campagne du Berkshire. 
" L’Héritage " (Belfond, 2011), son premier roman, a été un Best-seller en Angleterre et finaliste du prestigieux Galaxy Award ; suivent trois autres ouvrages, "Pressentiments" (2013), " À la claire rivière " (2014). 

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lundi 24 avril 2017

"Le manuscrit perdu de Jane Austen" de Syrie James.

Hachette 2014 - Milady 2015.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau.
472 pages.


De retour en Angleterre, avec son compagnon le docteur Stephen Théodore qui participe à un symposium médical à Londres ; Samantha Mc Donough retourne à Oxford où elle était étudiante en littérature anglaise ; Nostalgique, elle furète chez un libraire et découvre un vieux recueil de poèmes datant de plus de deux cent ans. A l’intérieur, cachée, une lettre de 1816 qu’elle attribue d’emblée à son auteur fétiche Jane Austen. Belle coïncidence, sa thèse non terminée portait sur cette romancière anglaise du début du XIXème siècle ! Cette missive adressée à sa sœur mentionne un septième et premier livre de Jane Austen, resté à l’état de manuscrit et surtout égaré. Son enquête l’emmène à Greenbriar dans le Devon où le séduisant maître des lieux, Anthony Whitacker (tout d’abord réticent) l’aide à fouiller la demeure. Ils découvrent assez vite les feuillets ! Ensemble, ils découvrent ce roman inédit : « les Stanhope »

En parallèle, Syrie James écrit dans la veine de Jane Austen un premier manuscrit qui reprend tous les codes et les références des œuvres futures, rendant son authenticité indéniable. Donc, deux histoires, deux romans, dans un seul livre ! Les histoires s’entrecroisent.

L’histoire du manuscrit raconte l’existence de Rebecca Stanhope, fille de pasteur, héroïne bien élevée, instruite, aimante et dévouée. Son père discrédité, perd sa charge. Nous les suivons dans leurs diverses  pérégrinations. Pugnace, Elisabeth n’a de cesse de défendre son père. Dans ce texte, nous retrouvons toute la panoplie des personnages de Jane Austen Les bourgeois et les aristocrates imbus de leur fortune, de leur situation et dont l’austérité de mœurs, de manières, cachent des égoïstes et une certaine  bassesse de caractère. (Les personnages d’Amélia Davenport, du docteur Jack Watkins, et Mr et Mrs Newgate de bath ; par exemple.)  Nous avons là une belle étude de mœurs de la société anglaise du début du XIXème siècle.

Jane Austen.
Les codes et les styles de Jane Austen sont respectés, et pourtant je n’ai pas été emballée par l’histoire omniprésente ; plus de la moitié de la fiction ; elle laisse une impression de plagiat, de copie à la Jane Austen !  Le récit est lourd trop à la manière de … comme … J’en rajoute même, je me suis ennuyée avec Rebecca et tout son petit monde bien pensant et bien comme il faut, en apparence. Trop d’importance est accordée à la lecture de cet éventuel manuscrit. Il manque une quête, du suspense, des descriptions longues et pourquoi pas une romance plus étudiée entre Samantha et Anthony, les personnages secondaires manquent d'étoffe  … 
La fiction contemporaine est expédiée voire négligée ; pourtant, Syrie James connait à fond son sujet : la littérature anglaise et plus particulièrement Jane Austen et ses vrais personnages. 
Malgré tout, nous ne sommes pas rassasiés. Il manque un je sais quoi de plus fluide, comme dévoiler le manuscrit par petites touches, prolonger la découverte du manuscrit, rendre son authenticité plus difficile, semer d’embûches les recherches de Samantha … Encore une fois, tout est trop facile !

Roman terminé, sans être trop acide, je l’ai plus perçu comme un exercice de style de l’auteur : Je peux écrire, reproduire le style et la trame des romans de Jane Austen, quitte à produire un nouveau roman et abuser ou séduire les lecteurs.

Et pourtant, ma lecture avait bien commencé :

"J’avais repéré le livre au sommet d’une pile de volumes poussiéreux entassés sur une table de l’arrière-boutique : négligé ; ignoré. Il n’était guère joli, dans sa reliure temporaire, initiale, ses pages cousue à la va-comme-je-te pousse à l’intérieur d’une couverture bon marché l’aspect cartonné, son titre imprimé sur une petite étiquette en papier collée sur le dos. " (p 10).

Après tout, je suis peut-être devenue trop exigeante avec le temps et mes trop nombreuses lectures …
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Syrie James est née à Poughkeepsie dans l’état de New-York. Après une carrière télévisuelle en tant que scénariste, elle se consacre à l’écriture de fictions historique. Elle s'inspire de chefs-d’œuvre de la littérature anglophone et les remanie. Syrie James est une référence en romance historique. Ses autres romans : « Le journal secret de Charlotte Brontë » (2016) – « Dracula, mon amour » (2012).
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jeudi 6 avril 2017

"Ecriture, mémoires d'un métier " de Stephen King.

2001 - Editions Albin Michel. 2003 - Le livre de poche.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond.
350 pages.


Toujours très intéressant et émouvant lorsqu'un écrivain ouvre les portes de son jardin secret. Ici, Stephen King se raconte personnellement et dévoile ses astuces et manies d’écriture.

La première partie dépeint par touches désordonnées son enfance et son adolescence dans un milieu modeste et mono parental (il n’a jamais connu son père). Ses souvenirs sont choisis, sa mémoire volontairement ou non sélective. Petit aparté, ses baby-sitters sont assez spéciales, de quoi choquer un enfant !  Quant aux soins prodigués pour une otite peuvent inspirer une séquence de film dans un hôpital désaffecté ! Sa partie « C.V » reste sincère et touchante, le personnage « Stephen King » prend forme … Ses premiers écrits, il les soumet à sa mère qui l’encourage toujours. Certains détails de sa vie ont servi pour ses romans. Deux camarades de cours, au destin sinistre, ont servi de modèle pour le personnage de Carrie ; son milieu socio culturel se retrouve dans beaucoup de ses œuvres. Très jeune, il a composé des brefs récits du genre épouvante.
Elle s'applique probablement plus facilement au genre et thèmes abordés par l' auteur. (Pour corroborer : son aversion de la technique des " flash-backs", bien utilisée par Daphné Du Maurier dans son roman "Rebecca", un genre vraiment différent !).  Très souvent, il utilise le lecteur comme un paravent pour justifier ses choix dans l'écriture de ses romans.

"Je m'appuie bien plus sur l'intuition, et cela parce que mes livres ont tendance à se fonder sur une situation plutôt que sur une histoire"  (p 194). 
Bangor, dans le Maine
Ensuite, il narre ses difficultés à être publié, les refus épinglés aux murs, les annotations, les premiers conseils reçus. Adulte et marié, professeur dans un lycée, sans détours, il aborde ses difficultés financières jusqu’à la consécration en 1974 avec la publication de «Carrie», premier pas dans sa carrière littéraire. Toujours avec franchise, il dénonce ses addictions à l’alcool et aux diverses drogues, paravents chimériques nécessaires à la création. Il rend hommage à sa femme, plein de tendresse et d’amour ; une aide précieuse contre ses dérives et elle tient le rôle de « premier lecteur » et son opinion est très précieuse !
Les parties « boîte à outils et écriture » nous conseillent pour écrire un bon roman. Dans un style direct et sans appel, il partage son expérience d’auteur. Sous couvert de comparaisons qu’il affectionne, il ouvre sa boîte à outils et nous offre tout son matériel d’artisan romancier car écrire c’est avant tout un métier avec apprentissage et pratique. Les bases à maîtriser : le vocabulaire, la grammaire, l’orthographe, la syntaxe ; et surtout lire, lire et lire … Avec lui, pas de muse penchée sur un berceau ! Du travail et encore du travail et avec toutes ses astuces, il passe en revue la langue, les personnages, les brouillons et les horaires de bureau à respecter. Stephen King milite avec force conviction contre l’utilisation d’adverbes de manière, pour la suppression de la voix passive et de la structuration des paragraphes.
Au passage, il écorne le milieu littéraire américain, la bonne société intellectuelle et insiste fièrement sur son étiquette d’auteur populaire !
Certains passages du livre évoquent des traits caractéristiques propres à l’édition américaine, et à leur culture de l’écrit. Très critique à ce sujet, il me semble quand même moins hermétique qu’en France.  Parfois, il nous perd un peu ! En exemple, les cours pour être romancier ; et cette curieuse manie de compter les mots d’un roman !
Il termine cet essai par son accident de la route où il a failli perdre la vie ; l’écriture a été comme un exutoire !  L’écriture est une forme d’expression, d’épanouissement, un plus financier mais pas au détriment de la vie personnelle.
Connaître, découvrir un auteur, voilà le genre de livre que j’aime. Toujours captivant d’aborder la naissance d’une écriture et en l’occurrence, ici celle de Mr Stephen King. Les mémoires d’un grand homme restent toujours très attachantes et captivantes … Cet essai reste un hommage à l’écriture. Gardons à l'esprit que ce texte sur l'écriture est très subjectif, ce n'est pas un manuel d'écriture ; une méthode très personnelle du romancier qu'il a souhaité partager. 

« L’un des plus grands attraits de la lecture a toujours été cette progression en bateau de croisière, luxueuse et nonchalante » (p 264).

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Stephen King , romancier américain est né  le 21 septembre 1947 à Portland, dans le Maine (Etats-Unis). Il a publié son premier roman en 1974 ("Carrie "), devient rapidement célèbre dans le domaine de l’horreur.   Il a également écrit des livres relevant d'autres genres comme le fantastique, la fantasy, la science-fiction et le roman policier. Mondialement connu et auteur prolixe, je n’énumérerai pas tous ses romans, liste trop exhaustive et qui n’est pas le but de ce petit billet. En plus, je l’avoue, je ne suis pas une grande adepte du genre horrifique ; alors je ne citerai que  ses romans lus, mélange de paranormal et de fantastique : "Salem" (1975), "Shinning" (1977), "Çà" (1986),"Sac d’os" (1998).
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dimanche 19 mars 2017

"Une mort très douce" de Simone de Beauvoir.

Editions Gallimard - 1964 -
157 pages.

Dans son bouleversant  roman autobiographique "Une mort très douce", Simone de Beauvoir aborde le thème de la perte de sa mère ; publié en 1964, peu de temps après son décès .

"Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n'avais jamais sérieusement pensé que je la verrais disparaître un jour, bientôt. Sa fin se situait, comme sa naissance, dans un temps mythique."

Françoise de Beauvoir entre à l'hôpital pour un col du fémur cassé. Convalescente, fatiguée et dégoûtée par la nourriture, les médecins décident divers examens et diagnostiquent un cancer de l’intestin. Brusquement confrontées à la réalité inéluctable de la mort de leur mère, Simone de Beauvoir et sa sœur « Poupette » se relayent à son chevet et l’assistent dans ses derniers moments tout en lui cachant la terrible vérité. Pourtant, après le décès, la romancière trouve un buvard dans les effets personnels de sa mère où il est écrit « Je veux un enterrement très simple. Ni fleurs ni couronnes. Mais beaucoup de prières. »

 C’est l’occasion pour l’auteur de se souvenir par petites brides de sa jeunesse, de ses rapports conflictuels avec sa mère, leurs incompréhensions, les silences jamais rompus. «  Le silence entre nous est devenu tout à fait opaque ».Elle livre sans fards le peu qu’elle connaît de la jeunesse de sa mère. Elle raconte sa vie de femme mariée, ses attitudes envers ses filles, ses convictions spirituelles, somme toute une condition de vie de femme, à cette époque. Publié en 1964, ce livre court et poignant traite avec pudeur de la fin de vie d’un être cher. Simone de Beauvoir se confie, la déchéance physique, la perte de dignité du malade, le renversement des rôles. Elle dénonce l’acharnement thérapeutique et ne ménage pas le corps médical.

La plume merveilleuse et percutante de Simone de Beauvoir autopsie la souffrance et rationalise la mort. C'est un texte dramatique, percutant, inoubliable !  Dans ces moments forts et douloureux, nous lecteurs,  sommes un peu les voyeurs d’une souffrance filiale. Et, forcément, nous nous mettons à sa place, gorge serrée, nous envisageons cette perte effroyable –  un véritable travail d’introspection, la gorge nouée pour nous,  et l’écriture du deuil  pour l’auteur.

"La mort elle-même ne m’effraie pas : j’ai peur du saut." (p 18, Françoise de Beauvoir).

"Mais rien, jamais, n’abolit notre enfance". (p 48).


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Née en 1908 à Paris et morte en 1986 ;  Simone de Beauvoir était une romancière et philosophe française. Son nom reste lié à jamais à celui de Jean-Paul  Sartre et à l’existentialisme.
Mondialement connue, Simone de Beauvoir était également une figure importante du féminisme, très active dans les années 70. Parmi ses nombreuses et grandes œuvres, je ne citerai que celles lues :    "L’invitée " - 1943  -   " Le sang des autres" - 1945 -  "Le deuxième sexe" -  1949 -   "Mémoires d’une jeune fille rangée" - 1958.
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mercredi 8 mars 2017

"La maison du lac", Hannah Richell.

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2015 - Belfond -
Traduit de l'anglais par Florence Hertz.
406 pages.


J'apprécie sans modération ce genre de roman où sommeillent de lourds secrets aux conséquences inattendues. Ces récits alternent toujours entre passé et présent, confèrent une ambiance feutrée où petit à petit la brume se lève. 

Lila, jeune femme dépressive, suite à un accident tragique, reçoit ce cottage isolé au bord d'un lac en héritage. Elle décide de s'isoler pour tenter de se reconstruire, loin de sa vie londonienne et au cœur de la nature. Sa souffrance l'éloigne de son mari Tom ; intriguée par ce don anonyme, Lila  entreprend de rénover cet endroit magnifique et isolé avec l'étrange impression de connaitre cet endroit. Parallèlement, nous découvrons  ce même cottage au début des années 80, lorsque des jeunes diplômés sans réelles aspirations décident de s'y installer clandestinement, en communauté. Un mode de vie simple et idéal, un peu à la mode "hippies"  loin des contraintes sociales , en totale autarcie. Les points de vue de Lila (pour le présent) et de Kat (pour les années 80) sont présentés en alternance, assurant ainsi l'intérêt permanent du lecteur.





Au fil des chapitres, le lien entre les deux histoires et leurs personnages respectifs se dessine  peu à peu. Un triste tableau se dresse fait de trahisons, de relations blessantes, d'idéalisme brisé sur la réalité du quotidien. Les indices se révèlent petit à petit de manière intelligente, garantissant une découverte progressive de ce qui s'est réellement passé trente ans plus tôt, un suspens qui ne fait que croître jusqu'au dénouement glaçant éclairant le mystérieux prologue. C'est au bord de ce lac que la nature, parfois très sombre, tableau d'inspiration romantique que chacun révèle sa vraie personnalité. Que s'est-il vraiment passé le jour où Lila a chuté dans les escaliers ? Que sont devenus les jeunes étudiants ? Pourquoi ont-ils quitté si brusquement la maison ? Quels liens entretiennent-ils avec Lila ? Y-a-il interaction entre les deux drames ?


J'ai éprouvé une réelle empathie pour le personnage de Lila face à ses souffrances, ses doutes et son envie de comprendre les raisons du drame. La rénovation de la petite maison est comme une bouffée salvatrice. Par contre, kat , la seconde narratrice,  m'a agacée tout le long du roman ! Ni son passé, ni son état d'amoureuse aveugle, faible et égoïste n'ont eu de grâce à mes yeux ! Sa petite soeur Freya charme et bouleverse par sa fraîcheur et ses sentiments sincères. Elle seule, réfléchit et analyse leur situation. 

Hannah Richell possède un talent de conteuse indiscutable ; la psychologie de chaque personnage et les tensions de la vie en communauté sont toutes deux très bien analysées. La nature et son changement au fil des saisons est magnifiquement bien décrit. C’est un roman  nimbé de mystères et d'émotions que je conseille vivement pour l’intrigue, superbe. Sur la fin, chair de poule assurée et petite larme au coin de l’œil ...

"- C'est bien un lac, pas un étang - On dirait un œil bleu qui brille, frangé par les arbres au pied des collines. Il lui semble être arrivée dans une vallée secrète, un sanctuaire à l'atmosphère étrange et méditative." (p 38, Kat)

"En passant les doigts sur l'écorce rugueuse, elle découvre un gros nœud de forme insolite et l'étudie. Il est en forme d'amande, et son centre est marqué de deux cernes, le plus sombre au centre. Un tache, dans un coin, a l'air d'une larme. Plus elle regarde, plus la ressemblance avec un œil est frappante." (p 84, Lila) 

"le vent s'est levé. Les roseaux tremblent et murmurent de noirs secrets." (p 474, Kat)






Cette citation de Gustave Flaubert reflète assez  bien le genre et le style de ce roman.

"L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe."
(Lettre à Louise Colet)

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Hannah Richell, originaire du Kent passa son enfance dans les régions rurales d'Angleterre.
Diplômée de l'Université de Nottingham en 1998, elle a travaillé dans l'industrie du livre, avant d'émigrer en Australie à la fin de l'année 2005.

Deux romans publiés :
"Un fragile espoir en 2014. (succès international et traduit en quinze langues) .
"La maison du lac" en 2015.
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mardi 7 mars 2017

"Ni d’Ève ni d'Adam" - Amélie Nothomb -


Albin Michel - 2007.
244 pages.

Amélie Nothomb a été définitivement consacrée en 1999 alors que "Stupeur et Tremblements" a été couronné du Grand Prix de l'Académie française et s'est vendu à 385 000 exemplaires. Ses romans sont depuis traduits en 23 langues. Auteur extrêmement prolifique, Amélie Nothomb publie traditionnellement un livre par an depuis 24 ans, que la critique et le public attendent chaque année au mois de septembre. 
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Première lecture d'un roman d'Amélie Nothomb ! Je la voyais à la télévision dans différentes émissions, notamment "La grande librairie" ; j'ai lu des critiques des ses nombreux romans dans des magazines et je n'ai franchi le pas qu'en ce début d'année 2017. Au hasard des mes pérégrinations dans une braderie de livres, il m'a fait de l’œil et j'ai sauté le pas !

"Ni d’Ève ni d'Adam relate la période de la romancière où elle retourne étudier au Japon, qu'elle affectionne tout particulièrement. De beaux souvenirs d'enfance la lie à ce pays. Là, elle décide de donner des cours particuliers de français pour payer ses études. Elle rencontre Rinri, un japonais de son âge, une relation amoureuse se noue entre eux ; plus amicale et détachée de la part d'Amélie. "Il était mon koibito, celui avec lequel je partageais le koi : sa compagnie était à mon goût." Nous découvrons certaines habitudes et coutumes des japonais contemporains aux antipodes des nôtres. 

Une lecture facile et rapide, trop même ... Son style de narration rappelle plus une chronique de vacances avec ses anecdotes cocasses qui font sourire. J'imagine très bien une soirée entre amis où Amélie nous raconterait sa petite parenthèse japonaise !  Avec son épisode "sauce Hiroshima" , ses expériences culinaires version japonaise, ses diverses rencontres avec autochtones et touristes laissent à penser au feuilleton touristique pour divertir. Pourtant son ascension d'une montagne nippone sous la neige est bien enlevée ; nous la suivons dans sa course et sa quête d'absolu ( peut-être bien). Les descriptions sont splendides, son style vif, nous vivons et partageons son grand moment ! Et là, un final brutal, inapproprié qui retire tout le charme et l'épique de l'excursion. Je cite : "Le salut me foudroie les tripes, je me déculotte et me vide. Mont Fuji, je te laisse là un témoignage impérissable qui te prouve que tu n'as pas affaire à une indifférente. Je ris de bonheur."  Elle rit et malheureusement, elle est bien la seule ...

Ce roman ne m'a pas enthousiasmée, ni vraiment déplu, une lecture divertissante malgré tout sans grand besoin de concentration. Je n'ai pas voyagé et je n'ai pas été happée par l'histoire. Aucune plongée dans un univers qui laisse son empreinte après lecture ... Déçue par cette première lecture !


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Présentation rapide de l'auteur, née en 1967 à Etterbeek, en Belgique, Amélie Nothomb passe ses cinq premières années au Japon, dont elle restera profondément marquée. A dix-sept ans elle entame une licence en philologie romane à l'Université Libre de Bruxelles. C'est en 1992, alors âgée de vingt-cinq ans, qu'elle fait son entrée fracassante dans le monde des lettres avec son roman "Hygiène de l'assassin." Elle enchaîne depuis les succès avec plus d'une vingtaine de publications.
Amélie Nothomb a été définitivement consacrée en 1999 alors que "Stupeur et Tremblements" a été couronné du Grand Prix de l'Académie française et s'est vendu à 385 000 exemplaires. Ses romans sont depuis traduits en 23 langues. Auteur extrêmement prolifique, Amélie Nothomb publie traditionnellement un livre par an depuis 24 ans, que la critique et le public attendent chaque année au mois de septembre
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