samedi 21 mars 2020

"La route de Savannah Winds" de Tamara Mc Kinley.

C'est un récit poignant, un voyage entre passé et présent aux chemins bordés d'intrigues, habillés d'une aura mystérieuse.


Top lectrice  France Loisirs.

L'archipel 2019
Traduit de l'anglais par Danièle Momont.
392 pages.
Fleur, une jeune femme architecte d'une trentaine d'années vit en couple avec Greg, un chirurgien pédiatrique de renom. Son souhait le plus cher est de fonder une famille. Elle n'envisage pas d'avenir sans enfants. De son côté, Greg, refuse catégoriquement l'idée même d'être père ; il a songé à une vasectomie. Son enfance, faite de violences et de souffrances, l'a profondément marqué. L'incompréhension s'installe, les disputes douloureuses conduisent à une séparation. Du jour au lendemain, la jeune femme perd son emploi. Tout aussi soudainement, elle hérite d'une tante, Annie, dont elle ignorait l'existence. Un ranch "Savannah Winds" et ses terres, et un petit coin de paradis "Birdsong", la baie du martin-pêcheur. Avec ce subit héritage, cette énigmatique tante joint deux de ses journaux intimes. Son père, Don s'est toujours tu à son sujet. Ce don, tombé du ciel, complique les relations déjà tendues au sein de cette famille dominée par un père égoïste et indifférent. Fleur a aussi deux demi-sœurs plus âgées, Margot, femme de tête et Bethany, mère au foyer. Et une de ses nièces , Mélanie, traverse une période de jeune adulte, un peu houleuse. Fleur, bouleversée et intriguée part à la découverte de son héritage ...


C'est une belle histoire sur fond d'époustouflantes chevauchées dans le Nord-Est australien, dans un pays immense où la vie est rude pour ces propriétaires terriens et éleveurs. Le climat difficile et capricieux réduit bien souvent à néant des années de durs labeurs. Tempêtes, ouragans dévastateurs, saison de pluies diluviennes, et même des invasions de sauterelles se succèdent. Annie vit dans ce milieu abrupt dans les années trente. Une femme amoureuse, exceptionnelle, dotée d'un fort caractère et d'une belle âme. Empreinte de justice et de compassion, elle s’attache aux aborigènes, elle n'hésite pas à tendre la main aux plus démunis. Elle souffrira du silence et de la rancune de son frère. Charitable, elle lui pardonnera tout. A distance, elle s'intéresse à sa dernière nièce à qui elle confiera ses terres, la jugeant digne. Un héritage et un discernement lourds de conséquences pour l'avenir. Elle couche dans des carnets le déroulement de son existence faite de deuils, de combats et où pourtant l'amour prédomine. Il jaillit littéralement. Une vie de femme pas ordinaire dans une région du monde aux paysages bruts de splendeurs. Un personnage inoubliable. Par-delà la mort, elle veille sur sa nièce, Fleur. Celle-ci est partie à la découverte de ce don des plus étranges ; elle ouvre la boîte de Pandore et elle sort au grand jour des révélations foudroyantes pour son existence. La romancière nous surprend ! 

L'entourage de Fleur est l'archétype même de la famille aisée, engluée dans un univers superficiel où l'argent est le nerf de la guerre. Sa plume égratigne la figure paternelle, pas mise sous son plus beau jour. L'épisode de la nièce m'a en revanche un peu ennuyée ; un personnage peut-être pas forcément nécessaire à la trame du récit. Ses disputes avec sa mère sont d'une longueur ... 
Par bien des côtés, Fleur ressemble à sa tante. Cependant, Greg, son compagnon est touchant dans ses atermoiements personnels. Son enfance douloureuse, ses peurs et sa remise en question brossent le portrait d'un homme amoureux avec ses faiblesses et ses hésitations, assez loin de clichés.

Une saga familiale qui reste certes classique avec ses secrets de famille, ses mensonges et ses authentiques histoires d'amour. C'est aussi une lecture en deux temps, qui dénonce la condition des aborigènes, et fustige l'histoire des orphelins arrachés à l’Angleterre pour être réduits à l'état d'esclaves. Une évocation historique toute en finesse nous renvoie à un  passé peu glorieux de la colonisation. La guerre et ses ravages rappellent la solitude des femmes contraintes d'assumer seules toutes les tâches dans une contrée parfois vraiment inhospitalière. Les extraits des journaux permettent d'enrichissantes parenthèses historiques, la vraie force du roman.
La romancière nous offre une bien belle description de l'Australie, terre du bout du monde avec ses immensités sauvages et villes gigantesques entre nature luxuriante et exotique, préservée et entourée d'une mer turquoise de sable rose. Cette puissance évocatrice donne  des envies de vacances, de voyage paradisiaque et naturel.
Une lecture facile et très agréable dans l'ensemble ! Le présent équilibre et complète le passé. Deux très beaux portraits de femmes tiennent le devant de la scène. Une plume savoureuse et un récit maîtrisé sous les cieux australiens distillent une histoire familiale compliquée.

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Tamara Mc Kinley, romancière australienne, née en 1948, est reconnue dans le monde entier pour ses romans sentimentaux, historiques. Elle écrit aussi des thrillers psychologiques sous le nom de Tamara Lee. quelques unes de ses œuvres : "La dernière valse de Mathilda" (1999) - "Les fleurs du repentir" (2001) - "Éclairs d'été" (2003) - "Le chant des secrets" (2005) - "Une pluie d'étincelles" (2013) - ...
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lundi 2 mars 2020

"Les adieux à la reine" de Chantal Thomas.

Une immersion talentueuse dans les entrailles d'une monarchie vacillante et menacée. Un mélange de fiction et d'histoire où nous nous enivrons de nostalgie avec juste ce qu'il faut de légèreté.


Top lectrice France Loisirs.
2002 - Editions du seuil -  2019 - France Loisirs.
248 pages.


En 1810, l'occupation de Vienne par les troupes napoléoniennes rappelle à Agathe-Sidonie Laborde, ses années à la Cour de Versailles près de la reine Marie-Antoinette. Émigrée de la première heure, les trois journées suivant la prise de la Bastille l'obsèdent. Cet hiver rigoureux invite les fantômes d'une époque révolue. Le soleil n'irradiait plus Versailles de ses ors et ce "pays-ci" vivait ses dernières heures sans le savoir. La fin d'une dynastie se profile. A cette époque et dès sa première rencontre, elle voue une admiration et un respect sans limites à la reine. Seconde lectrice en titre, elle attend avec impatience leurs rencontres. La prise de la Bastille passe inaperçue le 14 juillet, une petite pluie accompagne ce jour et chacun vaque à ses occupations habituelles. Seule la rumeur persiste et l'annonce d'un réveil  exceptionnel du roi choque plus qu'elle n'inquiète. Pourtant, à la nuit, les rumeurs les plus angoissantes circulent. Une nuit blanche s'installe faite d'errances et de discussions les plus folles. Une liste de personnes à abattre se répand à mots couverts. Louis XVI refusera toute fuite malgré le souhait de Marie-Antoinette. Le 16 juillet, Versailles cesse de briller, ses courtisans fuient le navire en toute hâte. La reine fait ses adieux à sa grande favorite Madame de Polignac et notre jeune lectrice la suivra bien malgré elle, soumise aux ordres de sa majesté. Cette séparation lui déchire le cœur et malheureuse, elle quitte sa petite chambrette et ses livres adorés ; souffrant, silencieusement, elle aussi fait ses adieux à une reine aimée.Commence un périple épique en berline où les identités sont inversées pour mieux protéger la favorite de rencontres fâcheuses sur les routes de France. Rien n'est moins sûr, pourtant tout réussira. Cette fuite ne connaîtra pas de fin. L’exil sera définitif. La vie ne sera plus jamais la même ...


"Cet hiver terrible qui m'environne, cette neige perpétuelle et ce sentiment d'ensevelissement qu'elle produit, je les ressens comme la manifestation de mon grand âge, comme la marque extérieure de l'hiver profond et définitif qui me gagne." ( p 7) 

Nous revivons les dernières heures de Versailles, dans une ambiance surannée aux odeurs de poussière, aux sons étouffés sous les précipités et hésitants des courtisans. La panique gagne peu à peu les couloirs. Il est assez facile d'imaginer les galopades essoufflées de ces aristocrates d'une salle à l'autre. La prise de la Bastille est vécue de l'intérieur du château où les événements tardent à se faire connaître. L'incrédulité est totale, personne n'y croit vraiment, pas même la narratrice. Les émeutes parisiennes n'inquiètent pas vraiment. Et pourtant, en une nuit, le vernis se craquelle. La moitié du roman tourne autour de personnages peu connus et pas souvent cités. Les doutes, les craintes, les peurs et les joies d'Agathe nous la rendent attachante et agréable à suivre. Ce récit offre un mélange d'imaginaire et de réalité  chargé malgré tout de légèreté où nous nous enivrons de nostalgie. L'auteur nous entraîne dans les couloirs du palais sans s'éterniser sur la politique ; elle privilégie plutôt des personnages non connus ou des plus ordinaires. Nous rencontrons le capitaine de la grande ménagerie royale à l'odeur aussi puissante que celle de  ses protégés en bien mauvaise santé. Le lion et l'éléphant meurent comme une annonce sans détour des bouleversements à venir, une fin de l'absolutisme royal. Monsieur de Castelnau, l'amoureux transi de la reine résume à lui seul toute l’ambiguïté des sentiments que Marie-Antoinette suscitait.  Jamais d'indifférence, tout un panel d'amours et de haines se déchaînait.

Chantal Thomas nous propose un point de vue original sur ces trois journées capitales pour l'avenir funeste de Versailles. La jeune Agathe est proche de la Cour sans être de leur milieu ; elle reste malgré tout invisible et se transforme en témoin privilégié.Par ses descriptions, le roman reste très visuel, nous nous plongeons assez facilement dans ces temps révolus avec révérences, perruques poudrées et odeurs fortes qui chatouillent le nez.

Ce roman jette une peinture  saisissante des jours qui ont suivi la prise de la Bastille. Un portrait sans concession de Versailles et de ses habitants qui vivaient en vase clos, attachés aux pieds de leur souverain et loin des réalités de leur époque. Hors du temps, ils s'accrochent à leurs privilèges, forts de leur sang bleu qu'ils placent au-dessus de tout. Une image vive de décadence et de fin d'époque. Ce récit permet bien d'imaginer la panique et les angoisses des personnages quel que soit leur rang, face à une révolution, certes latente, mais violente et impossible à brider.

"Mon office, irrégulier, tenait à la phase la plus étale de la nuit. Il relevait de cette zone, redoutable, où ce qui vous est arrivé de pire revient et vous assaille à nouveau, vous tire vers le fond. De cette zone où l'on se noie. j'étais paresseuse de ce qui ne parvient pas à passer." ( p 95)

Une nouvelle vision de Marie-Antoinette et de la Cour de Versailles que tous les amoureux du siècle des Lumières apprécieront. Nous connaissons tous sa destinée cruelle et malheureuse et le roman gagne en émotions.

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Thomas Chantal (née en 1945), est une romancière, universitaire française. En 2002, elle a reçu le prix Fémina pour "les adieux à la reine". Aussi, philosophe, elle est spécialiste de la littérature du XVIIIè siècle. Quelques unes des ses œuvres : " La vie réelle des petites filles" (2010) -  "L'échange des princesses" (2013) -  "Souvenirs de la marée basse" (2017) - "East village blues" (2019).
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jeudi 20 février 2020

"Marie-Antoinette, carnet secret d'une reine" de Benjamin Lacombe.

Un pinceau, des couleurs et un trait de génie servent à merveille la plus célèbre reine de France, Marie-Antoinette.


Top lectrice France Loisirs.

2018 - Editions Soleil (collection Métamorphose)
2019 - France Loisirs.
125 pages.
En quatre chapitres, les grandes lignes de l'existence de Marie-Antoinette se dessinent. Cécile Berty, historienne, signe la préface, et sous son égide, l'auteur Benjamin Lacombe, artiste génial, associe des extraits de la correspondance de marie-Thérèse d’Autriche adressée à sa royale fille avec des brides d'un carnet secret fictif tenu par Marie-Antoinette. Les superbes illustrations habillent le texte et accentuent l'idée grand siècle. Marie-Antoinette écrit sur tout, de courts textes, des phrases concises sur son arrivée en France, ses débuts à la Cour, sa vie à Versailles. Des écrits intimes sans voyeurisme survolent son existence par petites touches. Sa vie privée particulière s'esquisse, son mariage difficile, ses bonheurs, Trianon, ses plaisirs futiles prennent vie. Mais aussi, se peint les tableaux de ses douleurs, la mort de deux de ses enfants, les folles cabales à son encontre, le désastre de la Révolution, son emprisonnement et sa mort.

Les différents tableaux nous offrent une vision très onirique de la reine. Le personnage est amplifié, rajeunit et intemporel. Après une nuit peuplée de rêves des plus étranges, au réveil, il ne nous reste plus que des plans, des images d'une femme au regard fixe et fantasmagorique dans des situations de contes macabres. Je pense notamment à la reproduction montrant Marie-Antoinette endeuillée et entourée de corbeaux dans une ambiance sombre et lugubre et annonciateur d'heures sombres et dévastatrices. Les dessins et le choix des couleurs expriment un symbolisme très fort, plus révélateur que des mots. La reine, assise, blafarde sur son lit d'apparat entourée de ses petits chiens, seule et droite, se laisse enlacée et entravée par un rosier aux fleurs magnifiques et rouges aux épines acérées et blessantes. Timidement, l'humour passe la porte lorsque est présenté les fameux "poufs", des coiffures excentriques et vertigineuses, si célèbres à cette époque. La reproduction des lettres de l'archi-duchesse, Marie-Thérèse, rappelle les devoirs d'une reine, ses obligations et la forte personnalité d'une mère impériale et omnisciente. En opposition, le journal fictif brosse le portrait d'une jeune femme jetée trop tôt dans un univers  particulier et étouffant qui préfère s'étourdir de bals, jeux, bijoux, colifichets et dentelles superficielles. Marie-Antoinette, enfermée dans une cage dorée avec pour seule échappatoire son petit cocon personnel : Trianon. Merci à Benjamin Lacombe pour ses hommages aux grands peintres de l'époque tels que Madame Vigée-Lebrun et Monsieur Fragonard. Je ne le remercierai pas pour  ma taille de guêpe, mais j'ai bien envie de goûter aux pistoles au chocolat ou autres croissants de lune, gourmandises appréciées de la reine.

Un livre, assurément à classer parmi les beaux livres, il respecte son sujet et l'Histoire  et surtout l'intérêt de cet album réside dans ses magnifiques illustrations, un trait de génie de Benjamin Lacombe. Tout est réuni pour que nous appréciions à sa juste valeur un livre riche en émotions.

L'illustrateur et auteur a su créer de manière originale et intéressante un hypothétique journal intime de la reine pour raconter brièvement son destin tragique et romanesque. Les gravures possèdent à elles seules les clés des périodes importantes de l’existence de la souveraine. C'est une autre façon d'aborder le genre biographique ; un jeu de pistes et de symboles à déchiffrer pour mieux comprendre le personnage. 

Un livre vraiment ludique, original, rapide à dévorer, si beau et agréable à feuilleter.




"Secrets d'histoire 8 " de Stéphane Bern.

Une chevauchée fantastique à travers les siècles où le plaisir de découvrir se mêle à celui d'apprendre !


Top lectrice France Loisirs.  


2018 - Albin Michel, 2019 - France Loisirs.
363 pages.
Ce huitième tome présente des courtes biographies historiques pèle-mêle et sans suite chronologique mariant avec brio toutes les époques. Des personnages moins connus côtoient sans complexe des figures de prou de l'Histoire. Ainsi, Baudouin IV de Jérusalem pointe le bout de son nez de manuels d'histoire poussiéreux et rencontre le temps d'une valse la très célèbre famille "Strauss". Un bel ouvrage richement documenté où chaque chapitre se dote merveilleuses peintures qui illustrent et permettent une visualisation très précise des hommes et des femmes des siècles passés.

Ce nouveau tome est une excellente suite de récits de vies de personnages historiques plus ou moins connus. Comme à chaque fois, le sujet est maîtrisé et fouillé. Stéphane Bern possède l'art de résumer l'Histoire en nous servant sur un plateau d'argent des récits courts et de qualité, regroupant l'essentiel avec quelques clins d’œil anecdotiques. Nous remontons le temps et virevoltons d'époque en époque sous une plume passionnée, vive et soutenue.. Tout est créé de manière à faire aimer l'Histoire et notre passé. Sans contexte, Stéphane Bern est un conteur hors pair. Ce tome a réussi à piquer ma curiosité et sans hésitation, j'ai bien envie de connaître un peu plus la vie aventureuse de Jacques Cœur ; courir à travers les Etats-Unis et me lancer dans la politique aux côtés de Théodore Roosevelt et aussi pourquoi pas lire, "Une autobiographie" de la reine du crime Madame Agatha Christie.  Certains chapitres ont évoqué des figures féminines aux destins bouleversants. je pense à Madame Louise la Vallière, maîtresse du roi Louis XIV, douce et amoureuse, un peu perdue dans ce pays si particulier qu'était la Cour de France au XVIIe siècle. mais aussi à Marie-Thérèse, fille de Marie-Antoinette surnommée "Mousseline la sérieuse" et malheureusement prisonnière tristement célèbre du Temple. Vous l'aurez compris notre curiosité est piquée et jamais l'ennui, ne pointe son nez.  La vulgarisation historique et une synthèse exemplaire font de cet essai un atout charme sans précédent. Ici, il ne s'agit pas d'entrer dans les détails mais, de donner envie au lecteur de creuser dans les méandres de l'Histoire.

Une série géniale qui ravira les passionnés d'Histoire, mais aussi et surtout pour les novices, l'occasion de découvrir un passé riche en destins surprenants et hors normes. Là où la réalité rejoint la fiction. L'avantage avec ce genre d'ouvrage est qu'il peut être picoré en plusieurs fois sans en gêner la lecture. 

L'archétype du cadeau à offrir aux fans d'Histoire. la lecture est facile, alerte, vive et passionnée. les pages se tournent toutes seules et le livre terminé, nous nous surprenons à en redemander.  Une écriture fluide et vive sans termes exhaustifs permettent un apprentissage agréable et stimule l'envie d'en savoir plus et toujours plus. Le livre idéal par excellence !



jeudi 3 octobre 2019

"Le ranch des trois collines" de Leila Meacham.

Ce roman se sirote  comme un savoureux cocktail, un mélange bien dosé de secrets, de mensonges, de rancœurs, de soif de réussite dans l'Amérique de l'Ouest.


Top lectrice France Loisirs.


2018 - Charleston - 2019 - France Loisirs.
Traduit de l'anglais( Etats-Unis) par Elisabeth  Luc.
649 pages.
Dans une ferme texane, fin XIXe siècle, ,à Gainesville, Millicent Halloway abandonne dès sa naissance un de ses jumeaux. Vingt ans plus tard, Nathan Holloway, resté à la ferme, reçoit la visite de Trevor Waverling, directeur d'une entreprise florissante à Dallas. Il lui révèle qu'il est son père biologique et qu'il souhaite le reconnaître et en faire son héritier. Le jeune homme voit sa vie bouleversée. Il partira accompagné de Zak, son chien. Dans cette ville en plein essor industriel, il rencontrera sa nouvelle famille tombée du ciel ; dont une grand-mère, matriarche sympathique et une demi-sœur Rebecca, éternelle enfant flottant dans un monde fait de contes et de poésies. Intelligent et travailleur, il réussira dans la société familiale et connaîtra l'ascension de l'exploitation pétrolière dans l'Ouest américain. Profondément attaché à ses racines, il restera fidèle Léon (son père affectif) et à son demi-frère et sa demi-sœur Randolph et Lily. 
A plusieurs kilomètres de là, à Fort Worth, région de ranches et de cow-boys, Samantha Gordon, fête ses vingt ans auprès des siens, entourée d'amis. Choyée, heureuse, elle a toujours su qu'elle avait été adoptée. Neal Gordon, éleveur bovin, aime jalousement sa fille et apprécie beaucoup lorsque celle-ci décide de ne pas poursuivre ses études de paléontologie et de se consacrer au ranch " Las tres lomas". Curieuse des origines de la Terre, elle s'interroge aussi sur les siennes. Une lettre et une attitude équivoque paternelle la pousseront à effectuer des recherches sans rien dire pour ne blesser personne.

Tous les ingrédients d'une bonne saga sont au rendez-vous. Une histoire de famille un peu particulière : l'abandon d'un enfant, une jeune mère rejette sur ses nouveau-nés ses erreurs de jeunesse ; Millicent truque les miroirs et arrange la réalité. Ces deux jumeaux séparés dès la naissance et qui ignorent tout de l'autre sont amenés à se croiser, s'apprécier et se découvrir. Nous connaissons le secret de leurs origines et pourtant le charme opère. Le destin a fait que l'enfant abandonné a connu une jeunesse plus dorée et aimanter. Le contraste affectif est saisissant. D'emblée, nous nous attachons à ces deux jeunes adultes et à leurs débuts dans la vie. Le secret sur leur naissance ouvre des portes vers tout aussi important dans l'oeuvre, la famille, ses valeurs et son unité face aux coups du sort. Nathan, personnage loyal, fort et tranquille incarne le grand frère tendre, confiant, toujours présent, un futur pilier de famille. Son attitude envers la fragile Rebecca et sa main tendue secourable avec Randolph confirme une âme franche et humaine.  Sa jumelle, Samantha, de nature plus fougueuse cherchera des réponses à ses questions.La quête de ses origines, une reconstruction de son histoire passée et par à-coups, elle seule dévidera l'écheveau du secret de leur naissance et brisera les silences. Les figures paternelles apparaissent sous un jour émouvant et fort. Chacun à sa manière, Léon, Neal et Trevor incarnent les différentes facettes qui font un bon père. Le visage maternel est mis en retrait ou bien dessiné sous son plus mauvais profil.


L'écriture vive et très efficace nous jette dans cette fiction et les pages se tournent l'une après l'autre sans difficulté et avec plaisir la romancière nous prend par la main dès les premières lignes et nous guide parmi des personnages tous différents et importants dans le déroulement de l'intrigue ; rien n'est laissé au hasard, tout est porteur de sens et de révélations.

Comme un cordon-bleu en cuisine, Leila Meacham a su nous concocter une saga familiale des plus savoureuses, saupoudrée de secrets, de mensonges, d'ambitions et de trahisons. Un zeste de romance vient relever le plat, servi sur un plateau texan où l'Amérique du début du XXe siècle peaufine la décoration. Le charme des cow-boys, les grands espaces sauvages et ranches de rêves contentent nos papilles.

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Leila Meacham est née aux Etats-Unis en 1929. Romancière mondialement connue, elle  a commencé à écrire assez tardivement ; elle avait 70 ans lors de la parution de son premier roman,  "Les roses de somerset". Suivront : "La plantation" - "Le ranch des trois collines" - "Les virevoltants" - "Les orphelins de Kersey" - "Le testament de Ryan" - "Le vol des libellules".
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vendredi 30 août 2019

"Le parfum de nos souvenirs" de Camille Di Maio.

Une histoire d'amour intemporelle, fixée à jamais dans deux âmes ...


Top lectrice France Loisirs.

2018 - Milady - 2019 - France Loisirs.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Agnès Jaubert.
504 pages.
Au début du roman, une femme seule presse des comprimés dans sa paume moite. Une fois de plus, elle désire plonger dans un sommeil profond et sans fin. Son désarroi nous submerge, blessée atrocement dans ses chairs et brisée par la vie, elle fixe pour une dernière fois la photographie jaunie par le temps d'un jeune homme. Et là, le destin frappe à sa porte et la jette dans ses souvenirs, souvenirs heureux et douloureux. Julianne Wescott fait face à son passé. Tel une liane, celui-ci se tresse au présent et déroule l'existence de la jeune femme. Résolument moderne pour son époque, elle souhaite prendre son destin en main et devenir infirmière. Faisant fi de l'opinion de ses parents, elle affranchit des codes de la bonne société anglaise et de son éducation bourgeoise. Elle accepte la différence de son frère jumeau et l'aime tel qu'il est malgré ses handicaps lourds. De caractère bon et aimant, elle ne comprend pas le choix de ses parents. Ce frère caché et oublié dans une institution spécialisée, lui permet de rencontrer un jeune homme Kyle Mc Carthy, d'origine modeste et de condition modeste. Immédiatement sous le charme , elle tombe amoureuse et ce bien qu'il se destine à la prêtrise. Partie à Londres entreprendre ses études, elle tente de l'oublier sans grand succès. La romance se dessine et après des circonstances malheureuses, Kyle dévoile ses sentiments. Et rien n'altérera leur passion ! Pourtant, la Seconde Guerre les sépare, Kyle, homme de foi et de valeurs s'engage et part au front nord-africain. Le Blitz secoue l'Angleterre et la tempête secoue le pays de bombardements meurtriers et cauchemardesques ... Après son accident qui la défigure, Julianne, seule et j'insiste, elle est est vraiment seule et dépressive (nous le serions à moins.) ; elle culpabilise et prend des choix excessifs et sans appel.

"La tisane me rassérénant, je replongeai dans cet état où la frontière entre les souvenirs et les rêves se brouillait." ( p 109)


 Le personnage principal reste Julianne, pourtant Kyle est celui qui porte leur amour, lui seul a une foi absolue en leur passion, jamais il ne doutera, aucun obstacle ne viendra remettre en question ses sentiments. Sa religion : son amour pour elle. Il aime Julianne, et ce, pour toujours. Qu'importe son aspect et ses choix douloureux d'où il a été exclu. Il aime, il pardonne. Ce couple est infiniment attachant aux dialogues tendres et parfois impertinents. Cette histoire d'amour possède quelque chose de mystique, d'absolu. Nous passons de la tendresse à la souffrance et le côté sombre et violent illumine les bons moments. La période historique et la guerre restent en filigrane, tout est esquissé au fusain, en grands traits pour accentuer les blessures du destin et les existences qui se brisent. Un choix de la romancière que j'apprécie tout particulièrement, la fiction relate avant tout une histoire d'amour intemporelle. Le cadre historique aurait pu être tout autre. D'autant plus agréablement surprise que j’éprouve de grandes difficultés à lire des récits où la guerre est décrite dans toute son horreur et sa violence.

Une belle romance, sans mièvrerie où les personnages sont jetés dans les affres de l'Histoire, où les choix restent difficiles à prendre dans l'urgence de situations dramatiques. Un très beau récit sur les imprévus de la destinée, les dilemmes et sur l'amour encore et toujours. Coup de chapeau à la romancière qui a vraiment su me tenir en haleine au point d'en oublier le temps et le reste du monde ! Une prise d'otage !!! Ce premier roman laisse son empreinte après la dernière page tournée, difficile d'oublier une si belle histoire quitte à désirer quelques chapitres supplémentaires juste pour le plaisir de rester en compagnie de ces splendides personnages, curieuse d'en connaitre plus sur leur vie. Sous une plume fluide et légère, le long fleuve de la vie d'une femme s'écoule vers un océan fait de vagues amoureuses et passionnelles sous des marées de promesses et de sourires et secoué par des tsunamis de tristesses et de grandes solitudes. Un souffle historique toute en délicatesse, sans excès qui balaie le et l'existence d'innocents. La folie de certains anéantit tout sur son passage.

"Je ne m'étonnais guère que certaines personnes aient peur du noir par crainte de ce qui se tapissait dans l'obscurité : j'avais dû me débattre avec mes propres monstres, mes pensées." ( p 141) 

La romance, par excellence, celle avec qui nous soupirons, nous versons une petite larme, nous sourions aussi ; pour faire court, nous vivons aux côtés des personnages, ils finissent par faire partie de notre réalité.

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"Le parfum de nos souvenirs" est le premier roman de Camille Di Maio. Elle gère à  San-Antonio (Texas) une agence immobilière. Auparavant, elle a publié plusieurs articles dans divers magazines.
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vendredi 17 mai 2019

"La dernière reine" de Philippa Grégory.

Il était une fois Barbe Bleue et sa dernière femme !!!


Catherine Parr se raconte ...

Sixième et dernière épouse du terrible roi d'Angleterre, Henri VIII ...

Top Lectrice France Loisirs.

2018 - Milady - 2019 - France Loisirs.
Traduit de l'anglais par Alain Sainte-Marie.
626 pages.
Cette jeune femme d'une trentaine d'années nous convie dans son existence, dans son intimité et surtout dans son époque. Par deux fois veuve, elle aspirait à une nouvelle vie avec son grand amour, Thomas Seymour. Le frère de la malheureuse Jane Seymour, troisième épouse du roi et morte à la suite de ses couches ( son fils Edouard VI, l'héritier du trône). Les Seymour restent les favoris en titre. Malheureusement, le roi Henri VIII la convoite et désire en faire sa sixième épouse. Ce qui veut le roi ... Aucune possibilité de refuser ... Elle regrette ses terres du nord de l'Angleterre, loin de l'agitation de la Cour, de ses violences et de ses intrigues. Alors, un an après l'exécution de Catherine Howard, elle devient reine pour son plus grand désarroi. Calme, digne et posée, elle sait cacher ses sentiments et prend soin du roi malade et impotent. A 51 ans, celui-ci n'a plus rien du très célèbre roi séduisant dont toutes les jeunes femmes raffolaient ; il est gras, bouffi et il pue. Une de ses jambes est gangrenée et il tient difficilement debout. A chaque déplacement, le roi est soutenu et porté sur un siège. Ce vieux monarque semble adorer cette nouvelle épouse; Elle s'attache aux enfants royaux et les réconcilie avec leur père. Les deux filles aînées (Marie et Elisabeth) , silencieuses et résignées ne se sentent pas vraiment en sécurité avec cet homme. Leurs mères, elles aussi ont été reines, et leurs sorts tragiques et sanglants ! (Catherine d'Araqon et Anne Boleyn). Catherine les réunit et s'occupera d'eux. Nouvelle reine, elle s'émancipe intellectuellement et spirituellement ; pas forcément au goût du roi et de son entourage. La réforme religieuse se trouve au cœur du roman. Les catholiques et les protestants se livrent une lutte sans merci. Pour épouser la très sulfureuse Anne Boleyn, le roi avait décidé de couper les liens avec le pape et Rome. Le divorce n'était pas envisageable ! Alors Henri VIII s’autoproclame chef spirituel, plus d'intermédiaire entre lui et Dieu. La bible sera même traduite en anglais ! L'anglicanisme est né ... Ces mêmes querelles religieuses mettront Catherine Parr en danger. 

Philippa Grégory nous offre un récit agréable, vivant et nous permet de mieux comprendre les mentalités, mœurs de cette époque riche en conflits, intrigues et guerres. Les Tudor, certainement les dignes héritiers des Atrides !!!  Ce roman ouvre de nouvelles perspectives de compréhension sur le schisme religieux et les spécificités de la religion anglicane. L'ère de la toute-puissance papale se fissure ; les guerres de religion s'annoncent avec toute l'horreur des massacres et procès pour hérésie. Une période vraiment trouble. L'intrigue est très intéressante, Catherine apparaît en femme forte, cultivée et très intelligente. Et de l'intelligence et de la perspicacité, il en faut avec ce roi cruel, paranoïaque, versatile. Elle se bat pour sa survie, le sentiment de sa peur transpire littéralement du roman. Le danger la guette à chaque coin des couloirs de ces châteaux humides et sombres. Elle réussit à composer avec chaque clan, évitant le moindre faux-pas. De quoi faire des cauchemars et tel un roseau, elle se plie au bon vouloir de son époux royal, refoulant ses sentiments les plus profonds. Quatre ans, c'est long, très long avec un homme que l'on n'aime pas, qui s'impose chaque jour ! Nous sommes bien loin des contes de fées ... La condition féminine était tout ce qu'il y a de plus précaire. Et parlons un peu de la Cour, un vrai panier de crabes. Et je sollicite, je complote, je convoite plus de charges et toujours plus de tout ! Sinistres, fourbes et prêts à tout, même à jouer la vie des autres ! Une fin de règne dans la terreur où chacun est suspendu au bon vouloir d'un ogre. Pour terminer, parlons de la plume magnifique de  la romancière, juste et précise avec le tour de force d'être fluide et accessible. Nous sentons, en amont, le prodigieux et fastidieux travail de recherche. Rien ne semble être laissé au hasard ! Un roman historique fascinant, raconté d'une façon captivante, aux dialogues incisifs. Pourtant, ce type de roman laisse la part belle à la subjectivité et parfois l'imagination de l'auteure s'égare un peu. Notamment avec la romance de Catherine Parr et Thomas Seymour. Une passion réciproque et brûlante, peut-être : mais lorsque nous connaissons un peu l'histoire et le personnage, nous sommes plutôt dubitatifs ! Heureusement, cette idylle se retrouve au second plan et ces partis pris ne gâchent en rien le récit. Philippa Grégory a su brosser le portrait d'une reine attachante et certainement la plus intelligente des femmes d'Henri VIII. Une femme qui se révèle cultivée. Elle a su garder sa tête ! Bonne équilibriste, elle a su gérer une situation des plus complexes. Ne pas trébucher, éviter la chute et une mort certaine !!!

"Les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes" - Chateaubriand -


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Philippa Grégory, née en 1954, à Nairobi, romancière britannique, est très souvent associée à la fiction historique de par son oeuvre romanesque très prolifique. "Deux soeurs pour un roi" (2009) reste son roman le plus célèbre. Citons aussi : "La princesse blanche" (2014) , "Reines de sang" (2017).
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