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mercredi 22 novembre 2023

"La muse" de Rita Cameron.

Editions Milady (Hauteville) 
2018 - 507 pages.
Une immersion à couper le souffle dans l'univers chatoyant des préraphaélites au bras d'une muse enchanteresse aux accords de bohème. Le temps suspend sa respiration lors de cette subliminale lecture ! Un fatal coup de cœur ! 

La romancière, artiste, à son tour, nous prend par la main et nous invite dans un Londres victorien. Clio et Calliope lui ont murmuré cette œuvre furieusement romantique aux accents tragiques pour notre plus grand plaisir. Lizzie Siddal s’élance vers des hauteurs sublimes aux côtés de peintres enchanteurs, poétiques et tellement doués. Tout le long de sa trop courte vie, elle inspirera les plus grands pour des œuvres qui rendront hommage aux plus belles plumes telles que celle de William Shakespeare et ses puissantes tragédies. Bien malgré elle, elle a influencé leur vision de la beauté idéale féminine.  

Au tout début du roman, un décor romantique s’esquisse : une rencontre au crépuscule sur un pont baigné de brouillard. Une jeune femme en danger, l’intervention d’un preux chevalier des temps modernes, une silhouette fuyante et l’espace d’un instant deux regards qui se croisent. Le destin est en marche et impossible, pour moi, pauvre et faible lectrice de lâcher ce récit. J’ai été envoûtée, subjuguée, par cette force narratrice et terriblement tragique. Notre petite Lizzie, tant sa beauté éclatante et si différente des stéréotypes de l’époque avec son caractère si pur et franc, nous évoque par sa blancheur éthérée la possible union d’une humaine et d’un ange. Tout le long du roman, l’accent est continuellement mis sur sa personnalité quasi-surnaturelle. Sans jouer la coquette ou la femme fatale, elle aimante et attire avec naturel les artistes. Sa chevelure de feu longue et bouclée objet sensuel par excellence attise toutes les imaginations. Elle saura se garder pour un seul homme et ne se transformera pas en modèle superficiel et léger de mœurs.  Personne ne résistera à son charme ! Une muse pour tous ces peintres en mal de chef-d’œuvre !

Quel plaisir de battre le pavé des promenades londoniennes aux bras des plus grands noms de la peinture anglaise de XIXe siècle en jaquettes et hauts de forme. Vivre leurs balbutiements sur des toiles, partager leurs doutes et leurs joies. Des œuvres qui traverseront les siècles et que nous admirons encore. « La nuit des rois » de Walter Deverell et Lizzie qui incarne Viola en jeune page timide et amoureux. Les toutes premières poses d’Elisabeth Siddal en tant que modèle qui lui permettront de rencontrer son unique et grand amour Dante Gabriel Rossetti. Celui-ci croit reconnaître en elle, la réincarnation de Béatrice, le grand amour de Dante Alighieri dont il traduit les vers. Il porte un grand intérêt à la littérature et l’art médiéval italien. Il la dessine et la peint compulsivement.

Rossetti, toute à sa peinture apparaît comme un jeune homme fougueux et un amoureux égoïste ; il ne voit pas plus loin que le bout de ses pinceaux tout à sa palette de couleurs, obnubilé par ses transfigurations de la beauté. Il ne s’aperçoit pas de la fragilité de Lizzie et de ses besoins et aspirations, ou bien, il se refuse à les voir.  Tout au service de son art, est-il vraiment à blâmer ? Lizzie n’est pas totalement différente ! Elle aussi, s’épuise et s’oublie lorsqu’elle dessine et jette sur papier ses poèmes, si tristes et si beaux ! Elle ne se ménage pas et elle prend très au sérieux son rôle de modèle. Elle vit son rêve !  Rappelons à notre mémoire, son abnégation totale dans les longues heures de poses pour le peintre Millais plongée dans une baignoire. Une œuvre magnifique et poétique verra le jour, la très célèbre « Ophélie ».  Elle flotte et chantonne entourée de fleurs avant de sombrer dans les eaux sombres. Terriblement prémonitoire …  

Demandons comme Lamartine, au temps de se suspendre pendant cette lecture à l’écriture féerique, si juste dans le choix de la narration et du vocabulaire, aux belles envolées lyriques maîtrisées. Une mise en scène impeccable d’une destinée trop courte et si belle, chère aux poètes romantiques, nous charme et nous attriste. Une deuxième lecture s’imposera par-delà l’effet de la découverte pour mieux s’imprégner et se laisser bercer par cette si belle et particulière atmosphère. Nous nous surprendrons à chuchoter certaines passages si beaux et si enchanteurs. Et aussi, partir à la découverte du poète Tennyson, si cher au cœur de Lizzie, simplement pour prolonger le charme …  

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Rita Cameron est américaine, elle a étudié la littérature anglaise. "La muse" est son premier roman. 

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dimanche 18 avril 2021

"La virginienne" de Barbara Chase-Riboud.

Des fils de coton blanc enchaînent dans un bouquet sans parfum, un grand amour et l'Histoire de la jeune Amérique. Dans le cœur d'une jeune esclave, naît un amour pur et absolu. Son grand et seul amour. Une femme intelligente et discrète se dévoile comme une ombre affectueuse et sereine derrière un des grands hommes des Etats-Unis. Un grand roman historique ! 

Top lectrice France Loisirs.

Archipoche - 2017- Albin-Michel - 1981 -
Traduit de l'Américain par Pierre Alien.
563 pages.

1830, Nathan Langdon, recenseur en Virginie, rencontre Sally Hennings, esclave affranchie. Au détour de la conversation et des questions d'usage, intrigué, il décide d'en savoir plus. Peu à peu, Sally se livre et son passé se faufile dans son présent pour révéler une histoire étonnante et une passion amoureuse scandaleuse. Elle était une jeune esclave née de la liaison d'une esclave métisse et d'un riche propriétaire terrien.  Une quarteronne, par sa peau presque blanche, au service des filles de Thomas Jefferson qui les suivra à Paris. Elle deviendra sa maîtresse et une concubine soumise et amoureuse face à un amant maître de la situation, tour à tour autoritaire et affectueux. Les menaces et les troubles de la Révolution l'amènent à quitter La France. De retour en Amérique, il participera à la Déclaration d'Indépendance et sera le troisième président en 1801. Ils auront six enfants. Sally sera affranchie dans son testament et pourtant, elle ne quittera pas les terres de la magnifique plantation Monticello.

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Tout le monde se souvient de ces jeunes femmes en crinoline, dentelles fines et gants blancs, languissantes sous leurs ombrelles, qui se laissent bercer par les flots du Mississippi dans ces bateaux à aubes gigantesques. Des images romanesques à souhait qui nous ont fait rêver. Les romans "Autant en emporte le vent" et "La case de l'oncle Tom" (pour ne citer qu'eux) y sont pour beaucoup dans ces images édulcorées. Ces domaines aux maisons imposantes bordées qui se figent dans la moiteur des bayous et des étés. Sans oublier, ces champs de coton à perte de vue, au spectacle saisissant où des hommes et des femmes courbés par tous les temps, s'épuisaient, s'étiolaient à cueillir ces fruit d'un blanc immaculé. Soyons honnêtes, personne ne s'attardait sur leur sort et condition de vie. Les regards se détournaient, un peu de Blues effaçait les quelques froncements de sourcils et leurs interrogations. Barbara Chase-Riboud gratte le vernis et jette à terre les paravents de cette société américaine ségrégationniste pour s'enrichir et asseoir les bases d'une nouvelle nation. La petite histoire embrasse la grande ! Sally, très jeune, même très jeune, vit sa grande passion amoureuse qui l'aliénera pour le restant de ses jours. A Paris, dans une monarchie souffreteuse, Thomas Jefferson, veuf, se console dans ses bras fragiles. Même après son élection aux présidentielles, leur liaison durera. Seule, la mort les séparera. Ni le scandale, les souffrances et les douleurs n'entameront l'amour de Sally. Fidèle devant l'éternité ! A croire que Sally avait trouvé son point d'équilibre entre son existence d'esclave et ses sentiments. Elle refusera à plusieurs reprises son émancipation et elle restera toute sa vie attachée aux terres virginiennes de la demeure Monticello.
Le voyage parisien présente beaucoup d'attraits pour la découverte d'un ancien régime vacillant et surtout pour les prémisses d'une relation amoureuse entre une toute jeune femme admirative, toute à son "maître", et d'un homme d'âge mûr, sûr de lui, tyrannique et assez égoïste. Des traits de personnalité qui s'accentueront tout le long du récit et s'opposeront avec les idées libertaires américaines. 
J'ai pris mon temps pour lire ce grand roman, afin de mieux découvrir l'histoire de cette jeune nation frémissante et très dure. L'Amérique et l'esclavagisme restent indissociables. Une empreinte de sang, une page faite de douleurs et de morts sans identités. Dans ces grands champs, parfois, le vent ramène des pleurs, des cris de rage d'un autre temps. Des hommes toujours impuissants ne se libèreront jamais de leurs chaînes. cette tâche restera indélébile ... Arrachés à leur terre d'origine, sans plus aucun repère culturel. Ils ne transmettaient rien à leur descendance que l'obéissance et le silence. 
La romancière maîtrise à merveille son sujet et nous sentons au déroulé du roman, le travail de petite fourmi d'une grande historienne. Un récit talentueux où la foison des descriptions, la complexité des thèmes abordés comme le métissage et l'esclavage nous fait passer par un florilège d'émotions. Ce roman historique n'est pas une romance, mais une chronique sur un amour profond et épineux aux résonnances singulières. Une écriture tour à tour forte, délicate et précise a su raconter la vie d'une femme passionnée et passionnante. Une lecture indispensable pour traverser cette époque douloureuse où pourtant, une petite fleur pousse et grandit malgré tous les obstacles. La force de l'amour comme se plairaient à écrire quelques grandes âmes romanesques !
Ce genre de roman donne toujours l'envie d'en écrire un peu plus tant il interpelle et laisse à réfléchir sur la nature humaine, le passé, les sentiments et le couple ... 

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Barbara Chase-Riboud, est née le 26 juin 1939 en Pennsylvanie. Elle possède plusieurs flèches à son arc, tour à tour : écrivaine, sculptrice et poétesse afro-américaine. 
"La virginienne" (1979) - "Le Nègre de l'Amistad" (1983) -  "La fille du Président" (1994), ...
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