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samedi 6 janvier 2024

"L'art de la mémoire" de Frances A. Yates.

Folio - 2022 - 539 pages.

Avant tout, je tiens à remercier l’équipe de la Masse Critique de Babelio ainsi que les Editions Gallimard et Folio.

La mémoire, un sujet qui m’intéresse et me touche beaucoup. Pour faire court, depuis toute jeune, une obsession me tenaille : ne rien oublier. Mes méninges ont tourné à plein régime.  De la méthode du par cœur aux listes codées, groupes de mots retranscris et numéros de pages notés sur des carnets. J’ai tout essayé. J’ai logé dans les coins de ma tête tous mes acquis et souvent, j’y plonge et ressort, comme un clown de sa boîte, multiples réminiscences en tous genres. Oublier, pas possible ! Si, je ne me souviens pas d’un livre, forcément, je ne l’ai pas lu ! Et je continue à entretenir cette amie de toujours.

Un tel essai ne pouvait que me séduire. L’œuvre, L’art de la mémoire de Frances Yates restera sûrement la grande référence sur les arts de la mémoire de l’Antiquité jusqu’au XVIIe siècle. L’érudition et l’ampleur du travail de cette grande universitaire laissent pantois et surtout admiratif. Nous imaginons, avec une grande admiration, ces d’heures passées à lire, à déchiffrer tous ces textes anciens pour nous transmettre un formidable ouvrage. Avec envie, nous la devinons courbée, sur sa table de travail, infatigable travailleuse, stylo à la main, prenant des notes et inlassablement, donner vie à cet inoubliable essai.  

« L’art de la mémoire est comme une écriture intérieure. » (P 24)

De l’antiquité gréco-romaine à la fin de la Renaissance, nous découvrons toutes ces sortes de méthodes pour permettre aux orateurs, prédicateurs, intellectuels et philosophes d’enregistrer dans leurs moindres détails leurs idées, discours. Ainsi, ils pouvaient ouvrir à volonté leur boîte de Pandore.  Mémoire naturelle, aidée et enrichie d’une petite sœur artificielle, des lieux abritaient comme dans un songe des pensées, mots, images, tous liés et gardiens de la Mémoire. Un peu des acteurs de la pensée. Des lieux caducs pour les orateurs de l’Antiquité et des lieux éternels, un côté plus mystique pour ceux de la Renaissance. Ces différentes méthodes se ressemblent toutes sur le fond et développent au fil des siècles un travail intellectuel considérable, une formidable émulation de l’esprit et un travail continu qui tournent à l’obsession pour certains. (Renaissance italienne). Elles subissent tour à tour les influences philosophiques, religieuses, et même des écrits hermétiques et cabalistiques. Cet essai est une plongée assourdissante dans la pensée de notre lointain passé intellectuel et elle nous offre une nouvelle vision du développement cérébral de ces époques.  Sollicités comme dans une « pensine », ces silhouettes défilent pour notre plus grand plaisir. Des réminiscences se lèvent et Simonide, Aristote, Thomas d’Aquin, Pic de La Mirandole, Giulo Camillo et son fameux théâtre, Giordano Bruno et son funeste destin, Bacon et Leibniz s’invitent au banquet et nous suggèrent de nouvelles perspectives quant à l’histoire intellectuelle. Pour ne citer qu’eux.  Nos anciens aimaient se poser les bonnes questions et ils n’hésitaient pas à réfléchir à outrance.

Pour conclure, un ouvrage à lire, il est inutile d’être un universitaire pour apprécier ce genre d’essai. Juste se poser et se laisser immerger par l’histoire et ses doctrines. Une belle immersion historique et intellectuelle ! Le cheminement de ces grands esprits se suit pas à pas avec une relative facilitée. Et surtout, pas une minute d’ennui.

Une dernière précision : ces méthodes demandent beaucoup d’effort de concentration. Vous vous en seriez douté !

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Frances A. Yates (1899-1981) était professeur d'histoire de la Renaissance à l'université de Londres, membre de la British Academy, de la Royal Society of Littérature et membre honoraire du Warburg Institute. Ses principaux ouvrages portent sur l'hermétisme de la Renaissance, Giordano Bruno, le Théâtre du Globe et la secte de la Rose-Croix.

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vendredi 16 avril 2021

"Reines de sang" de Philippa Grégory.

Milady - 2019 -
Traduit de l'anglais par Mathias Lefort.
730 pages.


Les Tudors , une famille digne d'une tragédie grecque , jettent dans ses arènes des jeunes filles en fleurs. 

Top lectrice France Loisirs. 

En pleine Renaissance, nous suivons l'existence des trois sœurs Grey  : Jane, Catherine et Mary. Henry VIII mort, son fils Edward monte sur le trône trop jeune. Sa constitution fragile relance les complots et intrigues à la Cour. Chaque parti possède son favori et dans ce cas plus précis des favorites. Il n'y a plus que des femmes pour prétendre au trône d'Angleterre. Tout d'abord, les filles du vieux monarque, Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon, première femme d'Henri VIII et répudiée. Fervente catholique, elle porte l'étendard des Papistes. Ensuite, Elisabeth, fille d'Anne Boleyn, exécutée par son époux et probablement victime des complots qui ont toujours ensanglanté la Cour. Elles ont été écartées de la succession par leur géniteur. Les trois jeunes sœurs Grey sont leurs cousines, prétendantes directes, par leur grand mère maternelle, dernière sœur d'Henri VIII. Jane préférait les études et considérait son éducation trop stricte. Elle a passé sa jeunesse auprès de Catherine Parr et de son époux Thomas Seymour. elle affichait une foi protestante sans faille, habitée par la parole divine. Promise à un héritier du clan Seymour, ses parents la marient finalement à Guilford Dudley, un des héritiers d'une famille plus en vue. Les complots et les ambitions de ses proches l'assoient sur le trône pour quelques jours. Elle fera partie des premières victimes de Marie Tudor, la reine sanglante. Catherine, sa sœur cadette, plus frivole , accorde son cœur à Edward Seymour et brave la reine Elisabeth. Sa vie sera faite de peurs et d'humiliations. Elle meurt en captivité à moins de trente ans. Mary, la benjamine, souffrant de nanisme, apparaît plus maligne et plus discrète. Seule, elle restera la dépositaire de la mémoire familiale.
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Le roman se scinde en trois parties, chacune des sœurs se raconte. Ces jeune filles ont été broyées par des guerres fratricides , manipulées comme de simples poupées de chiffon par leurs parents. Une vie, la vie tout simplement n'a pas vraiment de valeur. Leurs chères petites têtes blondes ne sont certes pas leur bien le plus précieux. Tant pis, si la hache tranche une existence dont l'aube pointait ses premiers rayons. Jane Grey, reine de neuf jours,  sur le trône de L'Angleterre n'avait pas encore dix sept ans.  Même si le trait est forcé sur sa foi et son côté martyr, il très difficile de ne pas s'émouvoir . L'Histoire a retenu seulement son supplice, rappelons nous la peinture de Paul Delaroche et l'horreur de son exécution. Jane comme Catherine se ressemblent, fières, opiniâtres ; elle s'obstinent, l'une dans sa foi, l'autre dans ses amours. Elles font fi des menaces. La petite dernière, Mary s'affirme, plus maligne, plus souple, mais toute aussi  passionnée. Autre temps, autres meurs, les portes de l'enfance se claquaient trop vite et ces jeunes filles faisaient preuve d'une grande maturité d'esprit, difficilement envisageable à notre époque.
Marie Tudor, colérique et revancharde ne recule devant aucune exécution pour affermir son pouvoir et sa foi catholique. Une guerre sans fin contre ses prétendus ennemis durera tout le long de son règne. Ce personnage a dû inspirer Lewis Caroll pour sa reine de cœur et son impressionnante réplique : "Qu'on lui tranche la tête". Je pourrais même avancer une certaine ressemblance physique ! Quant à sa non moins célèbre demi-sœur, la reine Elisabeth I, son auguste père ne peut vraiment pas la renier : autoritaire, colérique, avec juste ce qu'il faut ou ne faut pas pour son entourage, de paranoïa. La romancière brosse un portrait assez noir qui s'éloigne de l'image de grande souveraine que l'Histoire a pris l'habitude de retenir. La figure maternelle, Frances Brandon, fière de son sang bleu, estime que sa branche est la digne et unique héritière. La mort de sa fille ainée n'a pas laissé les traces d'un deuil sans fin. Une mère dure, autoritaire que ses aigreurs emporteront. 
Philippa Grégory a su, une fois de plus, rendre vie aux fantômes du passé. Accompagner ces jeunes femmes a été une formidable expérience de lecture, de beaux moments prenants, voire stressants. Sa plume efficace et sa grande érudition déroulent tout le faste, la fureur d'une époque lointaine. Une course au trône d'Angleterre des plus passionnante ! Retenir tous ces noms, titres et filiation donnent parfois le tournis.
Par bien des points, les intrigues, les trahisons, les meurtres et les guerres intestines  évoquent cette aussi célèbre famille grecque, les Atrides. La Renaissance anglaise aurait pu servir le théâtre classique et ses tragédies sans  fin ! Encore une preuve que la réalité dépasse la fiction. Les plus grands drames, les plus émouvantes histoires ses sont tous joués sur le grand échiquier de notre passé. Victor Hugo aurait pu s'emparer de l'existence des sœurs Grey et nous offrir une pièce romantique avec autant de panache que sa "Lucrèce Borgia", avec pour décor cette sinistre et angoissante Tour de Londres.
Un hommage vibrant à des jeunes femmes que la mémoire des hommes a oublié. Un voile pudique et rosi de honte a caché ses vies fauchées. 
Pour conclure, relevons le côté résolument féminin du récit, écrit par une femme, raconte des destins hors du commun de femmes fortes, dures et orgueilleuses. Tour à tour reines, même pour quelques jours, victimes, ou monstres sanglants, fières et inflexibles ; elles ont toutes osé s'imposer, régner, se coiffer de la couronne d'un des plus puissants royaume. 

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Philippa Grégory, née en 1954, à Nairobi, romancière britannique, est très souvent associée à la fiction historique de par son œuvre romanesque très prolifique. "Deux sœurs pour un roi" (2009) reste son roman le plus célèbre. Citons aussi : "La princesse blanche" (2014), "La princesse  d'Aragon" (2020).
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dimanche 28 mars 2021

"Une île en orient" de Jenny Ashcroft.

Secrets de famille, mensonges, guerre et passions se déchirent dans un roman dramatique à outrance. Une histoire à couper le souffle ! Un suspense haletant, deux belles romances, deux époques et une histoire qui nous prennent aux tripes. Um bombardement émotionnel.

Top lectrice France Loisirs.

Milady - 2019 -
Traduit de l'anglais par Sébastien Baert.
599 pages.
En 1941, à Londres, sous les feux nourris du Blitz, Ivy Harcourt, travaille pour les services de renseignements de l'armée britannique. Polyglotte, elle parle l'allemand et aussi le japonais. Elle va survivre à deux évènements des plus traumatisants ; marquée  et choquée, elle accepte une mutation sur l'île de Singapour. La jeune femme quitte sa grand-mère Maé qui l'a élevée après le décès de ses parents. Elle quitte un pays meurtri par les bombardements. Après l'écoute des messages allemands, elle sera confrontée aux échanges des japonais. Autre lieu, autre guerre. A son arrivée, elle apprend que sa grand-mère a vécu à Singapour. Son chemin croise Kit, un militaire qui ne la laisse pas indifférente. Ivy réalise qu'elle ne connaît pas grand-chose du passé de son aïeule. De son côté, Maé angoisse pour sa petite fille et surtout, elle ne souhaite pas qu'elle rencontre des fantômes de son passé. Celui-ci la tourmente encore et le décès de son fils l'a brisée. L'histoire alterne donc entre la vie d'Ivy en 1941 et celle de Maé en 1897 et aussi d'Harriett, sa sœur jumelle. Elles sont le fruit d'une liaison d'un riche colon anglais et d'une domestique indienne. De vraies jumelles, unies et inséparables, mais au caractère très différent. Ivy rencontrera des figures du passé de sa grand-mère. Stupéfaite, elle cherchera des réponses. Pourquoi ces mensonges et ces secrets et que s'est-il vraiment passé ? Où est Harriett ? Qui est vraiment Maé ? La guerre omniprésente retarde les révélations.

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Les romans avec des secrets de famille restent mon genre de prédilection. Un réel péché mignon que je savoure. Une alternance entre passé et présent attise toujours ma curiosité et il m'est difficile de lâcher ces récits. Ce roman n'a pas dérogé à la règle. Une véritable pépite émotionnelle où le drame coule et serpente tout le long des chapitres jusqu'à une explosion finale où les révélations nous laissent bouleversés et pantois. Nous sommes forcément touchés par le destin de ces jumelles qu'elles ne maîtrisent pas. A cette époque, la condition féminine n'était pas des plus enviables. Continuellement sous tutelle, les femmes quittaient le joug paternel pour subir celui de leur mari. Une passation de pouvoir en quelque sorte. Bien souvent, elles se résignaient ou agissaient dans l'ombre ; l'heure des suffragettes n'avait pas encore sonné ! La romancière joue sur l'ambiguïté de la gémellité qui crée une histoire surprenante et intéressante. Cette partie du récit est sans aucun doute ma préférée, la psychologie des personnages plus fouillée et aboutie, la fiction plus dense et addictive. Aucun personnage n'est épargné, ils souffrent tous d'une manière ou d'une autre. Chacun tient sa place. Une résonnance que nos retrouverons bien des années plus tard. Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire un certain parallèle entre la vie d'Ivy et celle de sa grand-mère. Jalousie, trahison saurent les générations ! Pour Maé et Harriett, le drame était joué d'avance, dès leur naissance ; il les suit et les condamne à beaucoup de souffrances. Un gâchis voulu par des hommes et des femmes aux attitudes mauvaises et aux principes ridicules. Leur destin ne doit rien à la fatalité ou à une mauvaise fée qui se serait penchée sur leur berceau. L'ère coloniale anglaise est décrite dans toute sa splendeur, ses mesquineries et sa cruauté. Leurs attitudes prennent des airs de thé mal infusé ; elles laissent un arrière-goût acide dans bouche.

Attention, le Seconde Guerre mondiale est bien présente avec son lot de morts et d'exactions violentes. J'appréhende toujours la lecture sur cet intervalle brutal et féroce de notre Histoire. Même, si la romance demeure le point d'orgue du roman ; il ne ressemble en rien à un récit pour "fleurs bleues". Ce genre d'écrit historique rend toujours hommage aux anonymes qui ont vécu pendant ces périodes. La plume de l'auteure fluide et concise nous embarque et ne nous lâche plus. Nous ressentons bien son plaisir d'écrire ; certainement mis en valeur par un travail de traduction remarquable. Nous oublions souvent de souligner le labeur assez difficile d'un traducteur. j'ai particulièrement apprécié la façon dont était relaté les traumatismes subis par Ivy pendant les bombardements. De simples échanges entre elle et son docteur, quelques souvenirs évitent la lourdeur de descriptions redondantes. Une manière habile nous suggère toute l'horreur de ces situations traumatisantes.

Pour conclure, il le faut bien . C'est un roman avec tous les codes du genre abordé.  Un voyage dans le temps, un chassé-croisé entre deux époques où la romance implose sous des fragrances de fleurs orientales aux parfums entêtants. La guerre griffe et meurtrit ceux et celles qui essaient de vivre leur passion. Nous sommes jetés dans une guerre mondiale aux mitrailles incessantes, dans des territoires occupés sous de somptueux paysages où les passions et quêtes intérieures sont magnifiées.

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Jenny Ashcroft, diplômée d'histoire s'est toujours intéressée au passé et a vécu plusieurs années en Asie et en Australie. Ses romans mélangent avec finesse les lieux exotiques et les grands évènements historiques qui affectent l'existence des personnes ordinaires. "Une île en orient" est son second roman (2019). 

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jeudi 22 octobre 2020

"La légende de Grace Darling" de Hazel Gaynor.


2019 - Bragelonne, Milady.
Traduit de l'anglais par Fabienne Vidallet.
442 pages.
 La vie, telle la mer berce et malmène deux jeunes femmes romantiques à deux époques distinctes. 

Top lectrice France Loisirs.

Sous l'allure fière et les lumières rassurantes des phares, nous découvrons un métier fait de passion, de rigueur. Un face-à-face avec l'immensité des flots, perché entre mer et ciel. Un gardien de phare se sent plus libre que prisonnier. Grace Darling, telle une fée des houles se dresse face à une mer déchaînée pour sauver des naufragés. En septembre 1838, au large des côtes du Nothumberland, une violente tempête brise un navire.  Elle n'écoute que son cœur, fait fi de ses craintes et elle aide son père pour tente l'impossible et ramener les quelques survivants. Sa vie  simple et libre de tous les carcans de la société s'en trouve modifiée. L'île perd de sa tranquillité. Beaucoup de sollicitations, des artistes viennent brosser son portrait, elle est submergée de courriers, de cadeaux, voire même de demandes en mariage. Une véritable héroïne nationale. Toute cette agitation et ce bruit la contrarient et elle n'aspire qu'à retrouver sa chère tranquillité. Sans entraves, Grace s'épanouit dans une nature brute et sauvage, parfumée par les embruns marins sur sa très chère ile. Elle se plaît à parcourir les terres balayées par les vents où ses nuits se bercent des murmures des vagues. Rien ne pourra l'arracher à ce coin de paradis où la main de l'homme ne s'est pas imposée. Pourtant, cette jeune femme en herbe, vivra ses premiers et uniques émois amoureux auprès d'un jeune peintre, George Emmerson. Celui-ci se trouve être le frère se Sarah Dawson. Jeune veuve, elle venait rejoindre son frère en Ecosse. Les eaux sombres  déchaînées lui ont ravi ses deux jeunes enfants. Grace lui remettra un manuel à l'usage des gardiens de phares. Un livre qui se transmettra de génération en génération. Avant de quitter l'Angleterre pour les Etats-Unis, Sarah lui confiera son médaillon vide des portraits de ses enfants. 
Grace est un personnage tout en poésie. Quelques Alexandrins lui rendraient hommage et glorifieraient sa belle âme ! Un ange est passé sur terre ! Trop tôt disparu. 

Cent ans plus tard, Matilda tentera de percer les liens, les ressemblances au travers de lettres et de portraits. Elle fuit l'Irlande après une malheureuse aventure et une grossesse dès plus embarrassante pour sa famille. Harriett, une cousine inconnue l'héberge à Long Island. Une gardienne de phare, solitaire  et aigrie, la vie l'a meurtrie et blessée. Tel un coquillage agressé par le sel, elle se referme sur elle-même. Matilda forcera des portes pour mieux comprendre et aussi pour mieux s'assumer. Ses curiosités remettront en question son existence et ses certitudes. Un secret de famille, des aveux troublants d'Harriett lui permettront d'envisager une nouvelle vie avec son bébé.
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Ce roman nous renvoie aussi à nos promenades solitaires où nous ramassions coquillages, galets blancs et verres colorés polis par la mer. Une envie de solitude et de paix nous étreint. Une envie farouche d'embruns, d'odeurs de bords de mer et de vents ébouriffants nos cheveux nous appellent avec force ! Le phare et sa lucarne se dressent face à l'horizon et l'avenir, et chaque personnage est une pierre vivante pour son édifice. La romancière a su magnifiquement mêler réalité et fiction ; son imagination ne nie pas le fait divers, mais a su lui donner une autre aura.  Deux des personnages ont vraiment existé : Grace Darling et Mme Dawson (une rescapée). Les mots nous bercent comme le chant de la mer qui nou enveloppe de son étreinte fluide et fuyante. Un bon roman à savourer sur une plage de sable fin à l'aube ou au crépuscule d'un jour ou d'une nuit.

A toutes époques, les îles ont fasciné les hommes. Ce récit rend hommage à une nature brute, accueillante et parfois cruelle. Les personnages ont eu tous besoin à un moment donné de leur existence de solitude, de paix intérieure pour se remettre en question et surtout aborder l'avenir sous un autre angle. Une histoire de femmes, un tour résolument féministe où des jeunes femmes se veulent libres de décider de leur destin, de briser des codes d'une société étouffante et blessante. Un vent d'émancipation souffle, sans faire trop de vagues et sans violence !

Cette lecture ressemble à m'y méprendre à un coup de cœur ! La mer, la nature sauvages et imprévisibles m'ont transporté ver des rivages de joie,. J'ai été rejeté sur des plages de tristesse. Les marées et les vents m'ont balloté dans des écumes de soupirs et de larmes salées. La vie, le temps, telle l'eau, s'écoulent sans fin et retenue vers des horizons, des destins où seul un grain de sable transporte nos personnages vers des tempêtes de désolations et de fureurs.  

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Hazel Gaynor, romancière britannique, passionnée par Jane Austen et les soeurs Brontë, écrit depuis sa jeunesse. Ses romans ont été traduits dans de nombreux pays et ils ont remporté de nombreux prix. Malheureusement, "La légende de Grace Darling", est le seul de ses récits traduit en français (2018).
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