dimanche 24 septembre 2017

"Cress", "les chroniques lunaires" T 3 de Marissa Meyer.

2014 - Pocket Jeunesse -
Traduit de l'anglais(Etats-unis) par Guillaume Fournier.
658 pages.
Il était une fois, un couple qui désirait depuis longtemps un enfant …  Leur vœu fut exaucé. A sa fenêtre, la femme admirait le jardin de sa voisine, réputée sorcière. Parmi toute cette luxuriante végétation poussaient de magnifiques raiponces avec des rosettes de feuilles si vertes et luisantes que l’envie lui vint d’en déguster une succulente salade. 

Ne pouvant satisfaire son envie, elle commença à dépérir. Inquiet, son mari vola une pleine brassée de raiponces.  La sorcière le surprit et passa un horrible marché : des raiponces à volonté contre l’enfant à naître .Terrorisé et faible, il accepta sans discuter. La sorcière emporta le nourrisson et la baptisa Raiponce.  A ses douze ans, la sorcière l’enferma dans une tour qui se dressait  sans escalier ni porte, au milieu d’une forêt. Seule ouverture sur le monde, une minuscule fenêtre  située en haut de la tour. Raiponce possédait de longs et merveilleux cheveux semblables à des fils d’or. Pour monter, la sorcière lui demandait  de lui lancer ses nattes. Les années s’écoulèrent ; pour se distraire et tromper sa grande solitude, la belle Raiponce chantait.  Le fils d’un roi vint à passer …  Sous le charme, il réussit à rencontrer la belle captive. Un amour naquit. 
Mais un jour, Raiponce parla accidentellement à la sorcière des visites du prince. Furieuse, la sorcière la punit en lui coupant les cheveux et l’abandonna. Elle attacha ensuite les cheveux coupés à la fenêtre pour tromper le prince. Lorsque ce dernier escalada la tour, la sorcière lui annonça qu’il ne reverrait jamais la jeune fille, puis sectionna la corde de cheveux. Le prince dégringola dans un buisson de ronces et y perdit la vue. Raiponce, suspendue à son cou, pleura et ses larmes coulèrent dans les yeux du prince qui recouvra aussitôt la vue. Le prince emmena Raiponce dans son royaume et ils y vécurent heureux.


 Il était une fois, un jour, une heure, une minute, une seconde en orbite autour de la terre, une jeune fille prisonnière dans un satellite. Cress, seule en compagnie d’ordinateurs et de consoles travaille contre son gré pour la reine lunaire Levana. Coquille, elle a été enlevée dès sa naissance à ses parents lunaires. Qu’est-ce-donc une coquille ? Une enfant sans dons propres aux lunaires et surtout imperméable aux manipulations psychiques. Ces bambins sont d’ordinaire éliminés.  Rumeur fausse, Cress se rappelle de son enfance cloîtrée dans des grottes souterraines avec d’autres enfants. Sa maîtresse, le thaumaturge Sybil Mira repère ses talents de jeune hackeuse ; un petit génie de l’informatique Elle décide de l’utiliser et la séquestre.

Affublée d’une interminable chevelure blonde, Cress vit sa vie par procuration. Candide, elle rêve d’une existence romanesque sur la Terre qu’elle observe et surveille sans cesse. Elle s’imagine tour à tour actrice, exploratrice et chanteuse d’opéra. Musique que la jeune fille affectionne tout particulièrement et interprète à plein poumons sous sa douche. Pour tromper son ennui et ses angoisses, elle a su se créer une mini-Cress, intelligence artificielle qui lui donne l’illusion d’une compagnie. Elle a reçu l’ordre de sa terrible maitresse de traquer Cinder et son séduisant complice, le capitaine Thorne. Glanant le moindre renseignement, notre demoiselle en détresse tombe amoureuse du fugitif et échafaude de toutes sortes de fictions très fleur bleues. Elle songe sérieusement à s’évader, échapper à sa vie de recluse et surtout fuir le régime totalitaire lunaire. Forcée et contrainte, elle rêve de liberté et d’amour. Cress, dans sa bulle est à des années lumières de Cinder et de Scarlet ;  elle reste une jeune fille naïve, très sensible et fragile, elle demeure émotionnellement très fragile !

Choquée, par les derniers agissements de la reine levana, elle se sent responsable des malheurs de la Terre puisqu’elle y a participé sous la contrainte. Alors, elle se décide à aider concrètement  le Prince Kai et la rebelle  Cinder. Sans en dévoiler trop, son sauvetage tourne mal, le petit groupe est séparé. Cress et Thorne s’écrase dans le désert ; Cinder et Loup s’enfuit à bord de la navette RP12 à la recherche du docteur Erland et notre Scarlet se retrouve prisonnière sur la Lune ! Nous suivons en parallèle les trois aventures avec des petits apartés du côté du pauvre prince Kai ; toujours aussi torturé ! N’est pas prince charmant qui veut ! N’oublions pas Iko, androïde facétieuse et plein de piquant qui se transforme et s’impose dans la fiction.

Impossible de mentionner Cress sans le capitaine Carswell Thorne. Son personnage s’étoffe, dans l’adversité, il se révèle plus attentionné et vraiment fidèle en amitié ; bien qu’il s’en défende et veuille garder l’image d’un jeune homme désinvolte, opportuniste. 

Nous découvrons aussi Jacin (un garde lunaire) et Winter (la belle-fille de Levana) ; des personnages aux antipodes de nos héros. Double jeu, folie ou mascarade, traits de caractères qui laissent envisager un dernier tome pleins de rebondissements.  Les relations entres les différents personnages se développent et la romance pointe son bout de nez !!! Cinder, notre belle cyborg gagne en force et détermination. Les personnages féminins de Marissa Meyer ne ressemblent pas aux stéréotypes habituels des héroïnes et princesses charmantes, loin des canons de beauté féminine, souvent abîmées, meurtries par la vie. Pas de petite cuillère d’argent à la naissance, nous pouvons facilement nous identifier à elles par certains traits de leur personnalité ou de leur physique, le naturel de Cinder, la fougue de Scarlet et la fraîcheur de Cress. Quant aux personnages masculins, ils restent malgré tout en retrait, servant un peu de faire valoir aux jeunes femmes comme dans les contes où le prince agit vraiment à la fin du récit pour clore définitivement la fiction.

Un chapitre intéressant, Levana qui joue avec ses alliances et qui se prend à laisser échapper quelques souvenirs !  Et voilà, le maillon faible de la saga, nous sommes au troisième volet et toujours dans le flou sur la Lune, ses habitants en général, leurs pouvoirs ! Qui sont-ils vraiment ? Les thaumaturges, les âmes damnées de la reine Levana ne possèdent pas le don de guérison mais plutôt celui d’asservir mentalement et de torturer psychiquement . Qu’ont-ils de plus ou de différent des autres lunaires ? Et la reine, assoiffée de pouvoir, vrai tyran, pourquoi pas plus d’éléments, de détails sur sa personnalité ? Son personnage, présent par la menace qu’elle fait planer sur la Terre, n’est pas très actif, en premier plan ! Beaucoup trop de zones d’ombres sur les origines des lunaires subsistent ! Il manque une liaison entres les deux univers.

Croissant de Lune dite Cress s’intègre très bien dans le petit groupe de rebelles en herbe. Ils se sont donnés pour mission de renverser la reine lunaire et de couronner la princesse Sélène, héritière légitime du trône. Vaste programme sans plan réel de bataille, à suivre donc … La guerre semble imminente !!!


Cress, petit bout de femme pleine de ressources, amoureuse naïve affirme une certaine impulsion à l’action du roman où se succèdent rebondissements et révélations. La lecture s’en trouve facilitée, attrayante.

samedi 2 septembre 2017

"Scarlet", "Les chroniques lunaires" T 2 de Marissa Meyer.

2013 - Pocket Jeunesse
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume fournier.
476 pages.

Dans ce second tome, Marissa Meyer réinvente le conte du petit chaperon rouge ; de loin l’histoire la plus racontée aux enfants. Qui ne la connait pas ?

Le Petit Chaperon Rouge traverse la forêt pour rendre visite à sa grand-mère malade. Dans la forêt elle se promène, et rencontre le grand méchant loup. Le loup, intelligent et rusé  arrive avant la petite fille chez mère-grand pour la dévorer. La petite fille arrive chez sa grand-mère et tombe dans le piège du loup. Son déguisement l’interpelle : de grands yeux ; de grandes oreilles et pour finir de grandes dents. Le méchant loup, toujours affamé, se jette sur la petite fille et la mange toute crue. Dans la version des frères Grimm, moins macabre que celle de Perrault, un chausseur tue le loup et délivre les deux malheureuses.

Exercice assez difficile d’écrire un petit billet sur chaque opus d’une saga sans en révéler trop et gâcher le plaisir de découvrir l’intrigue de la fiction ! Mentionnons quand même que l’intrigue évolue autour d’une mystérieuse princesse Sélène, nièce de Levana, morte dans des conditions plus qu’étranges ; laissant la place à toutes sortes de rumeurs.

Bien loin de l’Asie, nous nous retrouvons en terrain plus connu, en France, à Rieux, petit village près de Toulouse. D’emblée, nous apprenons la disparition de la grand-mère de Scarlet Benoit, nouvelle héroïne de cette série.  Il était une fois une jeune fille de village, la plus jolie ; une flamboyante rousse au caractère bien trempé qui adorait sa grand-mère. Elle vivait avec elle depuis son adolescence, dans une ferme assez isolée, quasi abandonnée par ses parents. Une grande affection les unit. L’inquiétude la ronge, se sent seule et impuissante. Scarlet représente le nouveau petit chaperon rouge, symboliquement elle ne se sépare jamais de son sweat rouge à capuche. Une rencontre, en apparence toute fortuite avec Loup, un combattant de rue, la plonge dans un voyage un peu fou jusqu’à Paris où serait retenue prisonnière sa grand-mère : Michelle Benoit, une ancienne pilote au passé des plus nébuleux, à la grande surprise de sa petite fille. Loup, un étrange personnage au regard si singulier interpelle et trouble une Scarlet fragilisée et perdue. Ses airs de jeune femme forte et caractérielle cachent des blessures  dues à une enfance un peu particulière et une nature quelque peu vulnérable. Une héroïne de romance se profile à l’horizon, non ? Ce qui constitue le charme de ce tome. Notre petit côté fleur bleue refait surface !

"A peine capable de respirer avec son cœur qui cognait à tout rompre, Scarlet recula pour laisser passer un filet d’air tiède entre eux, et l’image de Loup se troubla sous ses yeux, tandis qu’un soupir résigné s’échappait de ses lèvres" - p 255 -

Simultanément, nous suivons Cinder et son nouveau statut de fugitive la plus recherchée de la planète. Elle s’évade avec Thorne, nouveau compagnon d’infortune ; un sympathique petit criminel, spécialiste dans divers vols et escroqueries. Il vient du continent américain. 

 Petit à petit le voile se lève sur le passé très obscur de Cinder. Les détails s’entremêlent avec justesse  et brio. Nous la suivons dans ses recherches et dans ses quêtes très personnelles qui la lient à l’histoire de Scarlet. 

Elle  tente de découvrir la vérité et de s'y adapter après les événements bouleversants de la fin du premier tome. Elle reste quand même une jeune femme vulnérable, en dépit de pouvoirs grandissants, et toujours sous l’attrait du prince Kai, malgré sa détermination et son courage à s’opposer à la reine lunaire Levana. Après tout, ne cherche-t-elle pas d’abord à le sauver ?


Une résistance jeune et désordonnée essaye de préparer la riposte à un régime cruel et totalitaire. Malgré toutes les épreuves et leur jeunesse, les protagonistes parviennent à avancer, l'espoir demeure toujours .Un florilège d’émotions porte de superbes personnages avec une personnalité propre et une ambition dans l'histoire. Il est primordial d’insister sur leur jeunesse ; pour expliquer leurs atermoiements, leur vivacité et leur promptitude à se relever face à l’adversaire. Etat mis en évidence par l’attitude du nouvel empereur kaiko, trop jeune pour de telles fonctions et de trop lourdes responsabilités.

La menace lunaire devient bien réelle ; le rôle de la reine Levana, son armée et ses thaumaturges s’affirment. Un beau rôle de méchante, méprisant la technologie terrienne, cachée derrière des voiles qui incarne à merveille les dictateurs de l’ère secondaire, correspondance de notre époque !

Un deuxième tome tout aussi captivant et plaisant à lire qui nous emporte dans un univers plus sombre, équivoque. Un avenir incertain dessiné, avec le rappel  de la Quatrième guerre mondiale, suggéré par les ruines parisiennes du Louvre et la vision d’un Opéra post-apocalyptique .Toujours le même point noir, le style, l’exercice narratif trop simple qui nuit aux descriptions et gêne parfois l’ambiance générale du roman ; une écriture voulue simple pour toucher un plus grand nombre notamment un public jeune pour une lecture plus fluide, rapide. Malheureusement, il faut mentionner des erreurs de traduction _ des phrases au sens  confus, surtout vers la fin du livre. Par exemple :

« Encerclés par sept membres de la Légion Sélénique ainsi que le thaumaturge » p 419.



J’eus pensé l’épreuve plus difficile pour associer les contes entre eux. L’idée du genre science-fiction est probablement responsable de cette facilité ainsi que la belle imagination de la romancière. Il n’est pas sans rappeler la série très célèbre « Once upon a time », un savoureux mélange des contes dans un registre plus fantastique et magique. Je reste toujours sous le charme et entame avec enthousiasme le troisième tome : « Cress » …